Gran Canaria – Archipel des Canaries– Coordonnées GPS : 28° 07′ 41” – 15° 25′ 34” W – Du 27 avril au 28 mai 2021

Avril est passé et nous entamons tranquillement le mois de mai à Las Palmas de Gran Canaria. Nous continuons d’explorer l’île pour notre plus grand plaisir.

Un matin, nous décidons d’aller pique-niquer à la plage. Nous allons jusque Puerto Rico et nous installons sur la Playa de Amadores. C’est une plage artificielle mais elle est super belle et nous nous voyons bien ici pour lire un peu au soleil. Alors que j’installe le parasol, un maitre-nageur sauveteur vient dans notre direction et nous informe que Mooring ne peut pas rester sur la plage. Nous avions pourtant vérifié avant de marcher sur le sable mais ce n’est indiqué nulle part. On repart donc avec notre glacière, notre parasol, nos bouquins et notre mascotte à la recherche d’un autre lieu. Les plages se suivent et toujours la même pancarte : interdit aux chiens ! Grrr ça nous énerve d’autant plus que certains humains sont sûrement plus sales que notre Mooring. Alors nous changeons nos plans et nous dirigeons vers la Presa de Soria. C’est un des 69 grands barrages qui ont été construits sur l’île.

Mais pourquoi autant de barrages sur cette île de 1500 km2 ?

L’eau a toujours joué un rôle important dans la vie de Gran Canaria. Lorsque l’île fut occupée par les colonisateurs espagnols, le problème de l’eau n’était pas aussi grave que quelques siècles plus tard. Avec l’arrivée du XXe siècle, la croissance démographique, l’expansion de la production agricole et industrielle et, surtout, l’émergence du changement climatique, le problème de la pénurie d’eau sur l’île est devenu de plus en plus grand.
Alors il a fallu construire des barrages mais aussi des canaux pour stocker, acheminer, gérer l’eau.

La construction de la Presa de Soria, le plus grand barrage de Gran Canaria a commencé en 1962 dans le ravin d’Arguineguin et a duré près de 10 ans. La capacité du barrage est de 32 300 000 m3 d’eau, mais il n’a jamais atteint sa pleine capacité en eau. Le barrage de Chira situé en amont transfère son excès d’eau dans le barrage de Soria grâce à un canal souterrain. Un projet de centrale hydroélectrique fait actuellement débat. Les écologistes partisans du respect des lieux affrontent les économistes qui prônent ce nouveau modèle énergétique basé sur une source d’énergie renouvelable. Une grande manifestation est prévue le 22 mai prochain pour appeler au respect des sites naturels.

Nous sommes à 900 mètres d’altitude. Les nuages sont accrochés à la montagne et le temps est couvert. Nous mangeons notre pique-nique dans la voiture car il fait vraiment plus frais qu’en bord de mer.  Cela ne nous empêche pas de profiter de points de vue superbes sur le Barranco d’Arguineguin et sur le barrage. Nous profitons encore une fois du manque de touristes pour visiter ces lieux dans un calme absolu. Seuls les chants des oiseaux et les croassements de grenouilles réussissent à rompre ce silence.



 

Nous reprenons notre chemin en passant par le Salto del Perro. Une autre petite retenue d’eau dont les parois sont reconnues par les fans d’escalade.

Comme ce n’est pas notre cas, nous poursuivons notre route pour atteindre la Presa de las Niñas. Cet autre barrage est le deuxième plus grand de Gran Canaria. Située au confluent des Barrancos de Pilancones et Ñameritas, cette retenue contient 5 180 820 m3 d’eau. Les abords ressemblent à un paysage de suisse, avec tous ces pins. C’est vrai que nous sommes dans le Pinar de Pajonales, donc il est normal de voir beaucoup de pins dans une pinède. Normalement, il est possible de faire des barbecues et de camper dans cette zone. Malheureusement, en raison du Covid, tout est fermé.

Alors que nous sommes sur la route qui doit redescendre sur Mogan, nous avons la surprise de constater que la route est fermée. Avec les pluies de l’hiver, certaines portions de la route se sont éboulées et les entreprises travaillent à remettre tout en forme.  Nous faisons donc demi-tour et Jean-Marie décide d’emprunter un chemin forestier. Il est interdit aux véhicules non autorisés mais mon skipper préféré aime les défis et se dit qu’on va pouvoir passer.

Le début du parcours est assez large et simple mais au fur et à mesure que nous avançons l’espace est de plus en plus étroit. Le chemin de terre est devenu un chemin de cailloux plus adapté à un 4 X 4 qu’à une voiture de tourisme classique. Les pentes sont vertigineuses et pour mon grand plaisir, c’est moi qui bénéficie de la meilleure vue pour « apprécier » le ravin. Alors que marcher près du vide ne me fait rien, être en voiture sur ce genre de route ne me convient pas du tout, mais alors pas du tout. Je commence à avoir les mains moites, j’essaie de respirer calmement et je vois que les 6.5 kms du sentier n’avancent pas très vite. Je prends sur moi, ferme les yeux, résiste mais au bout d’un long moment, j’hyperventile et suis prête à m’évanouir. Jean-Marie ouvre les fenêtres de la voiture en grand même s’il ne fait pas super chaud et il me parle pour que je reste consciente. J’ai peur de croiser une voiture car il n’y a pas de place pour passer à deux, j’ai peur d’un éboulement, bref j’ai très peur. Plus qu’un kilomètre !! Après être montés en haut du Barranco, nous sommes maintenant dans la descente toute aussi vertigineuse. Nous arrivons enfin dans le Barranco de Juncal, je descends de la voiture mais je tiens à peine sur mes jambes. Je crois que c’est bien la première fois qu’un chemin forestier m’aura fait autant d’effets.
Nous continuons notre périple avec des paysages magnifiques. Le Barranco de Chorrillo est grandiose. Les nuages remontent du fond du ravin mais nous laissent un peu de temps pour découvrir des visages formés dans les parois rocheuses.

 


Il est maintenant temps de retourner à la marina. A défaut de lecture sur la plage, j’ai eu ma dose de frissons pour la journée. En rentrant, on ne tarde pas à manger et je vais au lit de bonne heure, vannée par toutes ces émotions. Mooring en profite pour sélectionner de nouvelles escapades !

Notre vie sociale sur les pontons est bien plus vivante que celle vécue cet hiver à Rubicón sur Lanzarote. Nous partageons des moments conviviaux avec Claude et Yannick de Gatito, Danyel d’Aloha, Isabelle et Jean-Benoît de Maverick, Didier d’Imagine et Agnès et Denis dont le bateau s’appelle aussi Imagine.

Mooring profite aussi de sa copine Fripounette.

Nous marchons toujours beaucoup dans les rues de Las Palmas. Notre parcours préféré nous amène souvent à la plage de Las Canteras, de l’autre côté de la ville. On découvre de nouvelles rues, de nouveaux bâtiments et aller-retour, on en prend pour 7 kilomètres dans les gambettes donc c’est parfait pour maintenir la forme.

Au détour d’une rue, on s’est arrêtés pour visiter une exposition de peinture de Juanjo Valencia sur le thème de la gravité. Les peintures représentent des corps en apesanteur (astronautes flottants), atténuant leur chute (parapentes avec aéroglisseur ouvert), propulsés pour échapper à la puissance attractive de la Terre (fusées au moment du décollage).

 

Avant l’arrivée des conquistadores espagnols, l’archipel canarien était peuplé d’indigènes. Sur Gran Canaria, les Guanches vivaient dans les montagnes, dans les grottes et enterraient leurs morts dans des nécropoles construites avec les éléments naturels. La necrópolis de Arteara est une des seules qui subsiste à l’heure actuelle et elle est située dans le Barranco de Fataga. A première vue, nous sommes surpris par l’amoncellement de pierres au fond du ravin et il faut avoir l’œil averti pour distinguer des sépultures dans ces tas de roches.

Le Barranco de Fataga, formé par l’activité volcanique il y a plus de 9 millions d’années, subit depuis les effets de l’érosion. Ainsi un pan entier de falaise s’est éboulé et a permis aux Guanches de récupérer les pierres rouges-orangé utiles à la fabrication des tombes.


La Sépulture du Roi occupe une place centrale dans la nécropole et c’est aussi la plus proéminente. Selon une tradition séculaire, cette tombe est directement illuminée par les premiers rayons du Soleil à une certaine date dans l’année.

De cette nécropole, nous pouvons assister à un phénomène astronomique solaire particulier qui a lieu uniquement à l’équinoxe d’automne : un double lever du Soleil. Le soleil se lève deux fois dans le ravin de Amurga.

 

Nos pas nous amènent sur le Camino Jacobeo, le pèlerinage réalisé en parallèle du Chemin de Saint Jacques de Compostelle. Le Camino de Santiago de Gran Canaria est la route qui relie le sud de l’île (les Dunes de Maspalomas) au temple principal de Santiago de los Caballeros de Gáldar, en passant par la ville de Tunte.

La ville de Gáldar est liée à la tradition jacobée avant même la fin de la conquête espagnole. En effet, en 1481, la première messe fut célébrée dans une maison préhispanique en invoquant Santiago, patron d’Espagne.

En 1965, le pape Paul VI a accordé une bulle papale dans laquelle il a établi à Gáldar les mêmes privilèges de l’année jubilaire de Compostelle aux pèlerins qui visitent le temple de Santiago de los Caballeros. En 1992, le pape Jean-Paul II a accordé ses mêmes privilèges « In Perpetuum (à perpétuité).

Long de 65 kilomètres, ce pèlerinage bénéficie d’une grande ferveur dans les Canaries où le catholicisme est la religion prédominante.
C’est avec une grande fierté que le village de Tunte est pavoisé pour l’occasion : des croix de Santiago (Saint-Jacques) sont peintes sur les bancs publics, des tapisseries sont étendues dans les rues, des motifs floraux ornent les façades.

 

La paroisse de Gáldar est aussi décorée pour l’occasion. Nous pouvons pénétrer par la Puerta Santa (la Porte Sainte) qui n’est ouverte que les années du Grand Pèlerinage. A la fin du périple, la prière à Santiago est accrochée dans l’église et il convient de mettre un tampon sur le carnet de pèlerin.

Nous avions déjà fait ce constat au moment de Noël où de nombreuses crèches sont installées dans les rues. Aux Canaries, la vie est rythmée par les fêtes catholiques. Petits ou grands y participent avec joie et attendent d’assister aux processions. Cela pourrait paraître curieux mais être catholique et le montrer ne pose aucun problème ici.

A Gáldar, on fête aussi l’arrivée du printemps avec de magnifiques tapis de fleurs qui serpentent au milieu des rues piétonnes. De magnifiques compositions qui sont encore présentes trois semaines après.

A l’intérieur du patio de l’Office de Tourisme, trône le plus vieux dragonnier de Gran Canaria. Cet arbre endémique des Canaries a été planté en 1718. Le dragonnier était adoré dans l’antiquité grâce à sa célèbre sève, appelée le « sang du Dragon ». Obtenu grâce à des incisions sur son tronc, ce « jus » rouge n’a ni odeur, ni saveur, excepté lorsqu’on le brûle. Alors il diffuse un parfum de liquidambar et est utilisé pour la fabrication de teintures et de vernis.

La mairie est décorée de fleurs, elle aussi.


Au détour des ruelles, nous apercevons le superbe Mercado Central avec de magnifiques peintures d’Antonio Padrón, natif de la ville.

Nous entrons dans le Musée consacré à l’œuvre de ce peintre. Au moment où nous voulons payer notre ticket, le jeune homme qui se trouve à l’entrée nous indique que le musée est gratuit et nous propose de présenter les œuvres. Nous passons une bonne heure en sa compagnie et il nous explique avec détail toutes les peintures, sculptures et gravures. Nous visitons l’atelier resté tel quel à la mort subite du peintre. Alors qu’avec Agnès, nous profitons avec plaisir de cette visite privée, Jean-Marie et Denis ont déclaré forfait et nous les retrouvons installés en terrasse devant une bière.

Cette année, nous retournons à Puerto Mogán toujours aussi vidé de ses touristes.

Et nous repassons par les Azulejos de Veneguara pour montrer cette merveille de la nature à Agnès et Denis.

Le balai des hydravions reprend malheureusement trop vite. Alors qu’ils étaient en entraînement pour la période sèche, les canadairs doivent se rendre sur l’île voisine de Tenerife pour participer à la lutte contre un incendie. Malgré leurs efforts intenses, plus de 4500 hectares de pinèdes partent en fumée.

Le temps est agréable sur Gran Canaria !
On va quelquefois à la plage.

Les dorades sucent les flotteurs des pontons

Les crabes se dorent au soleil

Mais nous bricolons un peu entre deux. Jean-Marie recherche une petite fuite sous l’évier et nous équipons notre cabine avec un WC électrique à la place du système manuel actuel. Nous ne nous servons pas du gaz lorsque nous sommes en marina mais de l’électricité qui est inclue dans le prix mensuel. Alors on protège le dessus de la gazinière en installant une plaque de propreté.

Qui a dit qu’on était en vacances ?? 😊

Le Parque Doramas qui est à côté de la marina est ouvert et nous en profitons pour admirer les cascades et les jets d’eaux. L’hôtel Santa Catalina situé à côté nous fait de l’œil. Qu’il est beau cet hôtel dans le pur style canarien.

Après avoir changé de carrosse, après avoir bricolé, nous profitons d’un vendredi paisible pour monter dans las Cumbres. On adore cet endroit qui sent bon le pin et l’eucalyptus. Nous nous installons pour un petit pique-nique en face de la mer de nuages et nous empruntons le chemin forestier que nous avions pris l’an dernier juste après nos 12 semaines de confinement. Cette année, il y a beaucoup plus de fleurs. On fait la boucle complète et nous rencontrons un couple franco-suisse installé sur Gran Canaria depuis 20 ans. Nous discutons pendant une bonne demi-heure et nous ne pouvons nous empêcher de comparer notre vie ici avec celle que nous vivions en France. Nous sommes tellement bien aux Canaries qu’il nous semble pour l’instant difficile de revenir un jour dans notre pays.

Mai est passé tranquillement, paisiblement et va laisser place au mois de juin.

Depuis le 09 mai, nous n’avons plus de couvre-feu (qui était à 20h00 ou 23h00 selon le niveau de vigilance en cours). Il y a de moins en moins de cas de Covid aux Canaries et les règles sont parfaitement bien respectées. Nous sommes en sécurité et heureux.

 

 

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