Gran Canaria – Archipel des Canaries– Coordonnées GPS : 28° 07′ 41” – 15° 25′ 34” W – Du 15 au 28 mars 2020 – Journal d’un confinement

Dimanche 15 mars 2020

C’est aujourd’hui que commence notre confinement d’une durée de 15 jours. Cette saleté de Coronavirus Covid 19 oblige toute l’Espagne au confinement. L’Italie vit déjà cette période de même que la Chine d’où est partie l’épidémie. Chaque jour qui passe apporte son lot de personnes contaminées et de décès.

Ce blog était destiné à partager nos aventures et il n’est pas évident de parler de cette pandémie alors que n’en savons finalement pas grand-chose. A part la consultation de la presse locale et le suivi des allocutions des dirigeants espagnols et canariens, nous ne souhaitons pas être « collés » à la radio et à la télévision pour ne pas se faire happer par ce climat anxiogène.
Nos familles en France profitent encore de leur liberté alors que notre espace vital est réduit à Topoïs.
Il va falloir adapter nos journées car à partir d’aujourd’hui, les visites touristiques sont terminées et notre jolie Fiat 500 reste au parking de la marina.
En ce premier jour de confinement, nous sommes un peu perdus et instaurons le retour de la sieste à bord.

Lundi 16 mars 2020
Confinement Jour 2 :
Comme prévu l’activité au bureau est très importante.

Tous les cabinets des spécialistes ferment pour 15 jours minimum, il faut donc rappeler et rassurer les patients. Je me connecte et passe la journée à travailler sur la table du carré. Il nous faut faire des listings pour replacer tous ces RDV en priorité lorsque les cabinets rouvriront.
Ce virus est une “vraie saloperie” dixit un médecin pour qui je travaille.
Certains de nos jeunes patients sont impactés et hospitalisés avec de graves problèmes.
Jean-Marie essaie de s’occuper du mieux possible mais ce n’est pas évident d’autant plus qu’il aime beaucoup bouger. Etant donné que je suis très occupée, il s’occupe de l’intendance à bord : préparation des repas, vaisselle, sortie de Mooring (la seule qui est autorisée).

Mardi 17 mars 2020 :
Confinement jour 3 :
Cela ne rigole vraiment pas ici et le tarif des amendes est dissuasif : Entre 100 et 600 Euros d’amende si l’on retire une barrière ou du rubalise qui interdisent les accès aux endroits confinés, jusqu’à 30 000 Euros d’amende si l’on refuse de donner son identité, jusqu’à 60 000 Euros d’amende si nos imprudences nuisent gravement à la santé de la population !
En cas de désobéissance à la police ou aux agents de sécurité privée c’est entre 1 à 3 mois de prison.
Ce matin, je travaille pour le bureau toujours à distance. Jean-Marie bricole un peu.
Nous sommes dans une espèce de phase d’acceptation de ce confinement. Notre Topoïs qui nous semble suffisamment grand en temps normal, nous semble petit depuis deux jours. Le temps couvert (qui semble se calquer sur l’ambiance générale) nous oblige à nous terrer à l’intérieur. Nous sommes partagés entre l’envie de faire toutes les choses qu’on remet à plus tard et entre une espèce d’abattement qui nous donne envie de ne rien faire.
Nos voisins de ponton sont partis ce midi et même si nous n’étions pas proches, avec leur départ s’envolent aussi les quelques mots échangés chaque jour.
La France est aussi en confinement depuis ce midi mais un confinement qui permet d’aller faire de l’exercice, de se dégourdir les jambes en allant faire son footing. Nous sommes perplexes sur ces mesures. Elles nous paraissent tellement laxistes par rapport à celles mises en place ici et on se demande si le gouvernement français a bien conscience de la gravité de ce virus.

Mercredi 18 mars 2020
Confinement jour 4 :
Le virus galope à une vitesse fulgurante aux Canaries comme partout dans le monde. Il y avait 5 cas, lundi 09 mars. Aujourd’hui, il y en a 171 et malheureusement une personne est décédée.
Les mesures s’intensifient. Tous les ports et toutes les marinas sont fermés. Alors que nous le savions déjà, c’est maintenant officiel, nous ne pouvons pas quitter le port de Las Palmas. D’ailleurs, où irions-nous, tous les ports alentours sont inaccessibles. Même si nous décidions de remonter au Nord, les eaux territoriales de l’archipel de Madère sont interdites à toute navigation. Nous positivons en nous disant que nous sommes dans une marina sécurisée et à l’abri en cas de mauvais temps. De plus, les tarifs pratiqués ici sont raisonnables. Si nous avions été sur Tenerife, l’amarrage au ponton est 2 fois et demie plus cher et notre budget en aurait pris un coup.
Au bureau, après la super effervescence des derniers jours, ça se calme. Que faire avec mes salariées ? les mettre au chômage partiel au risque de leur faire perdre une partie de leur salaire, leur faire prendre leur congés par anticipation. L’une ou l’autre des solutions ne sont pas envisageables. Mes « filles » comme je les appelle affectueusement sont totalement dévouées à l’entreprise et le succès de ma société tient aussi à leur implication. Je leur propose donc un planning allégé, elles font moins d’heures et elles récupéreront ces heures lors du rush de reprise. Le Coronavirus nous oblige à une adaptation constante et nous devons être solidaires. Et dans ma « Dream Team », la solidarité prime avant tout.
Nous devons rendre notre voiture le 20 mars et on ne sait pas comment faire car ne n’avons pas le droit de quitter le bateau sauf pour aller faire des courses alimentaires ou pour aller à la pharmacie. J’appelle donc l’agence de location qui me dit qu’on va me rappeler pour me donner des instructions.
J’en ai marre des papiers et de l’ordinateur, j’ai comme l’impression de m’abrutir la tête. Alors je ferme tout et je commence le nettoyage des fonds de cale de la cabine avant. Je m’aère l’esprit en faisant du ménage.
Jean-Marie aussi a besoin de « se dépenser » alors il se lance dans le nettoyage des inox. C’est étrange mais seules ces activités domestiques nous permettent de nous détendre.
En fin de journée, le soleil se cache à nouveau et on s’occupe d’améliorer nos scores sur Candy Crush. En ces temps de confinement total, nous devenons de vrais geeks 😉

Jeudi 19 mars 2020
Confinement jour 5 :
L’agence de location de voitures ne nous a toujours pas appelé pour le retour de la voiture. J’appelle la Police pour savoir s’il est tout de même possible d’aller à l’aéroport pour la rapporter. La réponse est sans appel : non, ce déplacement n’est pas essentiel.
Je contacte à nouveau le service clientèle de Goldcar et on m’informe que quelqu’un va nous appeler pour venir chercher la voiture.
Aujourd’hui, nous sommes contactés par une journaliste de France 3 Normandie car elle veut faire un sujet sur les normands bloqués à l’étranger. On rentre pile poil dans ce qu’elle recherche. Nous échangeons donc au téléphone pendant un bon moment car elle veut tout savoir sur nous, notre voyage, notre confinement total, nos impressions, etc… Elle est très sympathique et me met très vite à l’aise. Afin d’étoffer le sujet, elle souhaite une vidéo de notre environnement, de Topoïs et quelques photos. Eh bien voilà une activité bien agréable.
Jean-Marie se lance dans la confection de pain à la poêle. Farine, huile, eau, levure et hop voilà quelques jolis petits pains qui égayeront nos repas.



Dans l’après-midi, nous sommes contactés par la régie de France 3 et nous sommes interviewés en conditions du direct. Ce n’est pas évident mais on ne s’en sort pas trop mal.
Comme nous avons encore la voiture aujourd’hui, nous en profitons pour aller faire quelques courses. Les règles sont très bien établies et respectées : un vigile contrôle les entrées. Nous ne pouvons être plus de 10 personnes dans le magasin (5 par étage). Nous devons mettre obligatoirement les gants qui sont mis à notre disposition. Aux rayon boucherie, fromagerie, poissonnerie, nous devons respecter une distance de 2 mètres de distance entre nous et l’étal.
Au rayon fruits et légumes, on pose nos articles sur une table à 2 mètres de la balance. L’employé les pèse et les mets de l’autre côté pour qu’on les récupère sans contact.
A la caisse, il nous faut respecter 2 mètres de distance entre chaque caddie.



On croit vivre dans un monde parallèle. Qu’est-ce que nous, hommes civilisés, avons fait pour que la planète se rebelle de la sorte ? Quel apprenti sorcier a créé ce virus et l’a laissé s’échapper ? Quand allons-nous sortir de cet état d’urgence ?
Le climat ambiant est anxiogène et nous essayons de nous préserver du mieux possible. Mais comment faire ? Les informations nous parviennent de France et nos proches veulent qu’on les informe sur notre situation aux Canaries. Il va nous falloir trouver des activités exutoires !
À la suite de notre interview de ce matin, un article a été publié sur France TV info. Meggie, une de mes amies sur Facebook et une fidèle lectrice du blog nous envoie le lien vers l’article que l’on s’empresse de transmettre à nos familles et amis.
Ce soir, pour nous donner du moral et aussi parce que c’est la mi-carême, on déguste le chocolat acheté cet après-midi. Il faut se faire plaisir !

Vendredi 20 mars 2020
Confinement jour 6 :
Aux grands maux, les grands remèdes ! Nous sommes désorientés par le manque de civisme de certains français qui ne respectent pas les règles de confinement pourtant plus souples qu’ici aux Canaries. Certains pensent que cette période de 15 jours est comparable à des vacances : ils se promènent en famille à la plage, en forêt, ils jouent à la pétanque, les enfants font du vélo. Vu d’ici c’est hallucinant. Est-ce qu’il faut des milliers de morts pour que la France se réveille ? Quand on sait que des milliers de personnes luttent pour vivre en réanimation, que des infirmières et des médecins soignent au péril de leur propre vie, on se dit que la répression n’est pas assez forte.
Pour nous relaxer, nous instaurons la pratique du yoga à bord. J’installe quelques tapis et coussins, j’allume une bougie, je programme une musique relaxante et nous voilà partis pour un « voyage » de 20 minutes pour nous recentrer sur nous-mêmes et pour évacuer ce stress qui nous ronge.


Aux Canaries, la Police ne plaisante pas et les amendes pleuvent.
Une femme a été contrôlée dimanche après un bain en mer et a écopé d’une amende de 600 euros. Elle se fait contrôlée une deuxième fois mercredi et refuse de donner son identité.
Résultat : elle va connaître le sens du mot confinement puisqu’elle est emprisonnée.
Avec plus de 1000 morts, le gouvernement espagnol ne rigole pas !
Aux Canaries, nous atteignons le triste chiffre de 287 personnes infectées et 4 décédées. Le Gouvernement espagnol décrète la fermeture de tous les hôtels, résidences de vacances et campings. Ils doivent tous être fermés pour le 26 mars dernier délai.
Il semblerait qu’ils soient réquisitionnés pour l’accueil des malades et des soignants qui vivent trop loin des hôpitaux.
Toutes les opérations graves sont annulées et reportées. Les forces sanitaires doivent être prêtes pour l’afflux des malades du Covid 19. Le Ministère de la Santé et le personnel hospitalier réfléchissent à un « tri » des malades. Une espérance de vie de moins de 1 à 2 ans, l’âge « biologique » ou la «valeur sociale» du patient sont quelques-uns des nouveaux critères qui, selon les médecins de soins intensifs, doivent être pris en compte lors de la décision d’admission en Unité De Soins Intensifs d’une personne infectée par un coronavirus pendant la durée de la pandémie.
Cela nous démontre encore une fois que ce virus n’est pas à prendre à la légère. Nous envoyons des messages à nos proches pour leur intimer de rester confinés totalement.
Ce midi, on connaît notre heure de gloire. Le reportage de France 3 passe à la télévision française.

https://france3-regions.francetvinfo.fr/normandie/emissions/jt-1920-haute-normandie?fbclid=IwAR2uBOL1EtANJulWot9L8xDFaKeXtLcWdl-zsr9MV6C6_e4_Mzd-87_rwSg

Nous avions informé nos proches et nos téléphones s’excitent. Il parait que nous sommes « top », beaux, supers, bien coiffés, amaigris. Certains nous disent que ça leur fait du bien de nous voir, d’autres notent des petits détails vestimentaires auxquels on n’avait pas pensé. Nous regardons le reportage en direct et je ne sais pas si c’est l’état de confinement qui nous rend si sensibles mais nous versons quelques larmes. Nous sommes fiers de notre parcours jusqu’à maintenant et nous sommes aussi épatés par notre résistance à 6 jours de confinement total. On relativise car nous sommes dans des conditions privilégiées par rapport à d’autres personnes. Nous ne sommes pas dans un studio minuscule en plein Paris ou au 20ème étage d’une tour dans une cité. Nous avons la chance d’être deux alors que beaucoup vivent cette situation seuls. Et surtout, nous sommes en bonne santé et vivants donc nous n’avons pas le droit de nous plaindre. Nous avons le devoir de rester solidaires et respectueux. Notre rôle consiste à nous préserver mais aussi à diffuser des messages de bienveillance à nos proches qui nous manquent dans ces moments particuliers.  
Dans l’après-midi, Jean-Marie teste une deuxième recette de pain à la poêle en espérant qu’il ne durcira pas aussi vite que la première fournée. On va finir par le réaliser ce pain moelleux dont on rêve tant. Pendant ce temps, je sors Mooring. C’est la première fois depuis le début du confinement. Je laisse Jean-Marie le faire plus souvent car il a besoin de ces quelques minutes de marche pour s’aérer le corps et l’esprit. Mooring et moi franchissons donc la barrière du ponton et nous commençons à marcher pour lui permettre de faire ses besoins. Au bout de 200 mètres, 6 militaires en rang avancent dans la rue. Ils me regardent avec un œil interrogateur. Alors que j’ai le droit de sortir, je me trouve bête, comme prise en faute. Je suis seule face à eux et une pensée traverse mon esprit : « comment réagissaient les habitants pendant la seconde guerre mondiale en se trouvant face à l’ennemi ? » La comparaison est peut-être déplacée et malvenue car nous sommes en 2020 dans un pays en paix mais elle me perturbe pendant quelques minutes. Je me dirige vers les militaires pour leur dire que je suis avec Mooring pour une dizaine de minutes et ils me laissent passer. Je reprends le chemin et 100 mètres plus loin un nouveau groupe me fait face. Je leur indique que je suis sur le chemin du retour et je fais demi-tour dès que Mooring a fait le nécessaire. Je rentre à bord un peu « bizarre », j’explique à Jean-Marie les sensations et sentiments que j’ai ressentis.
Heureusement, un apéro virtuel avec nos amis Sophie, Cendrine, Mickael et Sébastien nous changent les idées. On a mis nos caméras en route et grâce à Messenger, on se filme en train de prendre l’apéritif ! On trinque tous les six ensemble et on parle de nos confinements respectifs. On plaisante, on rigole, on partage, comme ça fait du bien !

Samedi 21 mars 2020
Confinement jour 7 :

Déjà une semaine que nous sommes isolés et nous avons dû apprendre à vivre autrement.
Ce matin, il fait beau et je m’installe sur le pont pour une heure de Tai Chi et de Qi Gong. J’ai trouvé des cours gratuits sur internet et ce moment de relaxation me fait un bien fou. Jean-Marie reste à l’intérieur avec un programme de réveil musculaire. En étant sur un bateau, dans un espace restreint, il faut que l’on fasse de l’exercice parce que nous brûlons beaucoup moins de calories qu’habituellement. Si on ne veut pas prendre dix kilos, il faut bouger !


On s’active aussi en faisant le ménage et comme toujours, on se partage les tâches.
A écouter de la musique toute la journée, on en a un peu marre d’entendre toujours les mêmes morceaux de notre Ipod. On finit par les connaître par cœur ces 4000 chansons. Alors Valère partage avec nous son abonnement Spotify. Quelle trouvaille ! Je télécharge des playlists et nous profitons de nouveaux titres. Il faut maintenant que je trouve le moyen de mettre le son du PC sur la radio du bateau.
Notre sieste journalière nous permet de griller une heure et nous profitons de l’après-midi pour faire du petit bricolage.
En soirée, nous avons rendez-vous pour notre deuxième apéro virtuel avec nos amis Corinne et Pascal. On passe un super moment tous les 4. Et dire qu’ils devaient nous rejoindre la semaine prochaine pour profiter d’une semaine à bord. On va replanifier tout ça quand nous serons sortis de cette galère. Nous partageons nos sentiments au sujet de cette pandémie. Nous sommes désolés qu’on parle des victimes comme de simples statistiques. Alors que derrière chaque chiffre quotidien des décès se cache des hommes, des femmes, des enfants qui ont perdu la vie mais aussi des familles qui n’ont pu leur dire un dernier au-revoir.

Dimanche 22 mars 2020 :
Confinement jour 8 :
Nous attaquons notre deuxième semaine de confinement avec le moral à fond. De toutes façons, il faut éviter de flancher car ce n’est pas encore fini et étant donné que le nombre de victimes ne cesse d’augmenter, il est fort probable que la durée de confinement soit plus longue.
Comme nous sommes dimanche, on fait l’impasse sur le sport et la relaxation. On va se faire plaisir autrement grâce à un bon petit repas et surtout à un dessert maison. Pendant que Jean-Marie sort Mooring, je décide de faire des clafoutis poire-chocolat. Nous n’avons qu’une seule tablette alors j’en prélève deux carrés pour mettre dans chacun des deux gâteaux.
Notre matinée se déroule tranquillement et nous sommes arrivés au moment de manger notre dessert ! Humm, j’en salive d’avance. Ce sera malheureusement de courte durée car par inadvertance, Jean-Marie fait tomber les deux clafoutis dans les marches de la descente, on réussit à en sauver un quart. Mon gâteau réconfort n’aura pas eu l’effet escompté 😉
Notre après-midi sera consacré à des coups de fils à nos proches, à quelques niveaux sur Candy Crush et à quelques parties de Solitaire. Je reçois un mail de mon amie Corinne au sujet de la méditation. Des séances sont organisées quotidiennement pour nous permettre de faire le vide, de penser à autre chose que ces nouvelles désolantes à travers le monde. Je m’inscris aussitôt à toute les séances de la semaine prochaine. Je vais essayer de motiver Jean-Marie mais lui qui est très cartésien n’est pas forcément réceptif à ces « trucs de fille ».

Lundi 23 mars 2020
Confinement jour 9 :
Le vent annoncé cette nuit a bien soufflé avec des rafales à 45 nœuds. Nous avons la chance d’être bien amarrés et bien abrités donc Topoïs n’a presque pas bougé. Le temps depuis une semaine est assez mitigé, il est comme l’ambiance générale. On alterne un grand ciel bleu avec des pluies fortes. Il fait entre 22 et 25 degrés dans la journée mais le soir, on descend à 15. Nous ne sommes plus habitués et on ressort le petit chauffage d’appoint en soirée.
Ce matin, c’est stretching, il faut dérouiller nos articulations et bouger un peu.
Nous nous lançons aussi dans notre troisième recette de pain. Cette fois-ci, on fait une tentative au four et on espère que nos quatre petits pains seront savoureux.

Nous nous inscrivons à une régate virtuelle, la « Virtual Regatta ». Ce jeu existe déjà depuis de nombreuses années et permet à tout un chacun de créer un bateau et de naviguer virtuellement en participant à une course. Cette course part de La Rochelle et va jusqu’à Curaçao. Nous avons choisi notre bateau, nos voiles et nous sommes prêts pour le grand départ qui a lieu à 13h00 heure française. Tandis que Jean-Marie est sur la ligne de départ pile poil à l’heure, je prends du retard car à la même heure, j’ai une séance de méditation. Voilà que même en plein confinement, je vais avoir un agenda chargé !!
Je m’installe bien au chaud dans la cabine avant avec un casque et me voilà partie pour 30 minutes de relaxation intense. Comme ça fait du bien.
Pendant que Jean-Marie commence à mettre du saturateur sur le teck, je fais quelques travaux de couture. J’avais acheté du plastique transparent et du tissu mappemonde pour faire des petites pochettes, c’est le moment de s’y mettre. Jean-Marie m’aide pour poser les boutons pression, on est une vraie équipe !



Heureusement que nous sommes déjà habitués à vivre dans un espace restreint car pour certains cela doit être difficile. Par chance ou peut-être aussi parce qu’on y travaille, nous nous entendons parfaitement bien Jean-Marie et moi, il n’y a pas de tension à bord en temps normal et il n’y en a pas en ce moment. Chacun de nous deux veille à s’occuper sans gêner l’autre et c’est ça le secret de notre réussite à bord de Topoïs.

Mardi 24 mars 2020
Confinement Jour 10 :

Il y a des jours où l’on a envie de faire plein de choses mais aujourd’hui c’est plutôt un jour sans réelle motivation. On passe la journée tranquillement et essentiellement sur nos écrans. On règle nos voiles et notre route pour la Virtual Regatta, on explose nos scores sur Candy Crush et au Solitaire et finalement, on range nos téléphones pour faire une partie de Triomino. Si on passe trop de temps sur les PC, téléphones ou tablettes, on va devenir fous et mous du cerveau. Alors on espère que demain, notre motivation sera revenue car si le confinement n’est pas rallongé, nous en avons déjà fait un tiers.

Mercredi 25 mars 2020
Confinement Jour 11 :
Un nouveau décret paru vendredi nous permet d’aller rendre la voiture de location même si l’agence est fermée. Le contrat de location est au nom de Jean-Marie mais grâce à un courrier de sa part, je peux la conduire. En effet, nous avons décidé que j’allais me rendre à l’aéroport car si je suis contrôlée, ce sera plus simple pour m’expliquer car Jean-Marie ne parle pas espagnol. Bien sûr, nous n’avons pas le droit d’y aller ensemble car c’est totalement interdit en période de confinement.  Avec l’accord de la Police, je prends donc la route de l’aéroport, il y a très peu de circulation. Je croise surtout des ambulances. Sur les trottoirs, il n’y a personne. J’arrive à l’agence de location, je ne croise personne, je laisse la clef dans la boîte prévue à cet effet et je me rends dans l’aéroport pour prendre la porte qui me conduira à l’arrêt de bus. Je suis seule dans l’aéroport, toutes les boutiques sont fermées, tous les comptoirs sont vides. Le seul bruit que j’entends est celui de mes chaussures sur le sol du hall. Je me dirige vers l’arrêt de bus et je suis toujours seule. C’est une drôle de sensation qui m’envahit, j’ai l’impression que les 380 000 habitants de Las Palmas ont disparu.





Alors que je suis plutôt d’une nature positive, un coup de blues s’empare de moi. Mais que sommes-nous en train de vivre ? C’est irréel, c’est extraordinaire et cela me perturbe. Alors que j’attends mon bus qui doit normalement passer dans 30 minutes, je réalise que le paiement en espèces ou en carte bancaire est interdit. Je me connecte sur le site de la compagnie pour prendre un ticket virtuel mais cela est interdit aussi. J’essaie de contacter le service client, il est saturé. Par chance, le chauffeur du bus arrive. Je lui explique la situation et il m’informe que seuls les résidents canariens avec une carte peuvent prendre le bus. Je dois faire une drôle de tête car il s’empresse de me dire : « ne t’inquiètes pas, tu peux monter à bord gratuitement, je peux t’emmener jusqu’à Las Palmas ». Quelle solidarité ! Je monte dans le bus, je suis seule et j’ai les larmes aux yeux. Les 30 minutes de trajet sont égayées par la musique que le chauffeur a mise dans le guagua.


Je descends en remerciant encore une fois mon bienfaiteur du jour et je me dirige vers la marina. Je parcours quatre kilomètres à pieds et je ne croise que 5 personnes qui sont toutes gantées comme je le suis. J’arrive enfin à bord de Topoïs, je suis dans notre chez-nous, dans notre nid et je sais qu’ici je suis bien et en sécurité. Jean-Marie comprend que cette « escapade » qui paraîtrait toute simple en temps normal a été une petite épreuve pour moi. Ce confinement ne fait qu’exacerber nos sentiments, notre perception des choses et du monde qui nous entoure.
Dans l’après-midi, Jean-Marie bricole et nettoie le teck pour préparer la pose du saturateur.
Pour ma part, je me lance dans la couture de masques. Ce matin, je me suis aperçue que sans cette protection et que s’il y avait eu du monde dans les transports, j’aurai été vulnérable par rapport au virus. Alors je réalise deux masques avec un patron trouvé sur internet



En fin de journée, nous nous installons dans notre cabine et faisons une demi-heure de méditation. Jean-Marie s’endort et je suis apaisée, c’est donc que nous en avions besoin.

Jeudi 26 mars 2020
Confinement Jour 12 :
Ce matin, nous avons la confirmation que la durée de la quarantaine est prolongée de 15 jours. Les chiffres des victimes sont affolants. On compte les morts par milliers et les services médicaux sont submergés par les malades qui arrivent encore et encore. On s’aperçoit que l’Europe n’est pas du tout synchronisée dans la gestion de cette pandémie, chaque pays fait sa « tambouille » dans son coin. Alors que nous sommes dans un confinement strict, celui de la France est plus permissif. Quelques scandales sont sur le point d’éclore : pourquoi les pays soi-disant civilisés comme les nôtres n’ont pas les stocks de masques et de matériels de protection nécessaires à l’activité des soignants ? Pourquoi avoir réduit les budgets ? Les politiques s’adonnent à leur jeu favori : « ce n’est pas moi, c’est l’autre » ! C’est désespérant de voir certains comportements alors que des gens meurent seuls sur les lits d’hôpitaux.
A bord de Topoïs, nous gardons la « pêche ». On est finalement très attentifs l’un à l’autre. Dès que l’un de nos deux à une baisse de rythme, l’autre veille à lui remonter le moral. Pour me faire rie, Jean-Marie a confectionné un masque avec du Sopalin, deux élastiques et des agrafes et il s’empresse de le mettre pour cuire du poisson.

 

Nous en sommes à notre quatrième recette de pain et nous ne sommes pas près d’ouvrir une boulangerie ! On est bien loin de notre bonne baguette française. Oh une baguette, du beurre demi-sel et un plateau de fruits de mer. Comme ça nous manque ! On en mangera lors de notre retour en France, si les frontières sont ouvertes en juin et si les compagnies aériennes programment des vols.
On va en faire des choses quand nous pourrons de nouveau circuler. Mon grand désir, c’est de remonter dans las Cumbres pour aller respirer les eucalyptus. Jean-Marie a quant à lui hâte de repartir en mer.
Alors on patiente sagement en écoutant de nouvelles musiques, en savourant le soleil qui est revenu et en contemplant le ciel bleu.

Vendredi 27 mars 2020
Confinement Jour 13 :
Au bureau, c’est la panique. Je sens qu’avec toutes ces modifications de planning, toutes ces mauvaises nouvelles, mes salariées sont au bord du gouffre et prêtes à craquer. Même si du fait de notre profession, nous sommes amenées à entendre le décès de patients régulièrement, le climat anxiogène que nous vivons actuellement commence à avoir raison de leur résistance, de leur courage et de leur motivation. Alors je vais travailler avec elles toute la journée, leur remonter le moral, leur dire que tout ça n’est qu’un mauvais moment et nous devons tout faire pour nous en sortir. Que la Dream Team vaincra et vivra !
Jean-Marie est très compréhensif et s’occupe de l’intendance à bord : vaisselle, balade de Mooring, préparation des repas, …
Je suis absorbée par le travail. Certains patients m’informent qu’ils attendent le SAMU pour aller aux urgences, certains RDV sont annulés car les patients sont en soins intensifs ou en réanimation, quelques enfants sont en bien mauvaise posture. Les médecins nous rapportent ce qu’ils vivent sur le terrain. C’est une décharge de mauvaises nouvelles. Nos émotions sont à fleur de peau et il n’en faudrait pas beaucoup pour qu’on s’effondre. Et encore, nous ne sommes pas en contact direct avec les malades. Nous avons une pensée émue pour les médecins pour qui nous travaillons mais aussi pour tous les soignants qui sont sur le terrain et qui risquent leur vie pour sauver celles des autres.
Nous recommandons toujours à nos proches d’être très prudents, ce virus est une vraie calamité !
Le confinement en France est prolongé de 15 jours et nous allons donc devoir gérer deux semaines de RDV au bureau. Je vais donc travailler tous les matins jusqu’à la fin de la quarantaine. Heureusement, on a une super connexion internet à bord. On avait bien fait d’installer notre antenne !
J’ai besoin de parler pour évacuer et par chance Jean-Marie est très à l’écoute.
Comme nous sommes vendredi, il me sert une petite sangria pour fêter l’arrivée du week-end. Une séance de méditation pour se recentrer et je m’endors comme une masse. Pendant ce temps, mon navigateur en mode virtuel continue d’avaler les milles !

Samedi 28 mars 2020
Confinement Jour 14 :
Déjà deux semaines que le Gouvernement espagnol a décrété l’état d’urgence et que nous sommes en quarantaine.
Plus ça va, plus on se lève tard. Je fais une lessive, Jean-Marie sort Mooring. On prépare le repas et le pain. Pendant que Jean-Marie nettoie le pont, je tente une escapade au supermarché car nous n’avons plus de fruits. Gants, masques, me voilà équipée. Il n’y a pas grand monde dans les rues et seulement dix personnes dans le magasin. Nous avons tous le même accoutrement et chacun respecte bien les distances préconisées. Je profite d’être sur place pour acheter d’autres bricoles et surtout du chocolat, notre aliment réconfort ! Nous voilà ravitaillés pour une quinzaine de jours et c’est bien car on n’est pas trop rassurés d’aller dehors même si ici les trottoirs sont désinfectés toutes les nuits.
Comme à chaque fois que nous revenons à bord de Topoïs, je retire mes chaussures qui ne rentrent plus à bord. Nous transvasons les courses de mon panier à roulettes dans d’autres sacs qui ne touchent pas le sol. Nous sommes habitués à une sorte de rituel pour éviter au maximum que ce Covid 19 ne fasse partie de notre vie.
Quelques travaux d’écriture pour moi et le nettoyage du cristal de la capote pour Jean-Marie. On occupe notre après-midi.
Ce soir, nous mangerons notre pizza favorite : La Barbacoa. Une super sauce barbecue dont on raffole. Avec une petite salade cela sera parfait. On surveille nos calories car après 30 jours de confinement, ça risque de faire mal 😉

One thought on “Gran Canaria – Archipel des Canaries– Coordonnées GPS : 28° 07′ 41” – 15° 25′ 34” W – Du 15 au 28 mars 2020 – Journal d’un confinement

  1. Endurance says:

    Hello l’equipage De Topois ! Nous sommes confinés en Andalousie . Comme vous nous sommes effarés par la différence entre les prises de conscience espagnole et française. Nous vivons aussi à bord et sommes conscients de la chance que nous avons . Bon courage à vous pour les jours qui viennent . On vous embrasse et une caresse à Mooring .

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