Gran Canaria – Archipel des Canaries– Coordonnées GPS : 28° 07′ 41” N – 15° 25′ 34” W – Du 29 février au 14 mars 2020

Samedi 29 février 2020
Aujourd’hui c’est le grand Défilé du Carnaval. Pendant que Jean-Marie bricole à bord, je vais regarder comment est organisé le parcours. Il s’agit de trouver le meilleur emplacement sur les 6.9 kilomètres de trajet. Nous aimerions être aux premières loges pour admirer une dernière fois tous les participants. Vers 15h00, nous nous dirigeons donc vers le recinto et avons accès aux gradins assez facilement. Nous nous installons et attendons l’arrivée des premiers membres du défilé.

Avec les barrières, nous nous apercevons bien vite que nous ne voyons pas grand-chose. En plus, les gens se lèvent et il est impossible de faire une photo ou une vidéo correctement. Nous quittons donc les gradins pour nous mettre au niveau des « carnavaleux » et nous nous retrouvons au cœur de l’événement. La reine du Carnaval arrive, puis les murgas (groupes de chanteurs qui interprètent des chansons populaires et ironiques sur l’actualité). C’est le tour des comparsas (troupes déguisées qui reflètent l’essence du Carnaval aussi bien par leurs costumes et chorégraphies spectaculaires que par leurs danses rythmées par la musique). Les batucadas donnent le rythme à cette joyeuse farandole. Les dauphines de la Reine suivent puis Drag Sethlas, le gagnant du Gala Drag Queen.

Cette cavalcade est partie du Castillo de la Luz à 17h00 et rejoindra le Parque San Telmo. Il y a une ambiance incroyable, plus de deux cent mille participants déguisés (les mascaritas) et plusieurs carrosses forment ce cortège. Par carrosse, ne comprenez pas carrosse royal avec une jolie princesse souriante. Un carrosse à Las Palmas de Gran Canaria, c’est un bus à impériale avec une sono incroyable, un bar proposant de la nourriture et des boissons à volonté et des bienheureux qui ont payé 85.00 € pour faire la fête à bord pendant toute la durée du défilé. Certains carrosses ont des thèmes définis : pirates, dessins animés et bien sûr tout le monde est déguisé dans le thème. Je crois n’avoir jamais autant vu de Belles au Bois Dormant !

 

Avec Jean-Marie, nous nous étonnons du nombre important de landaus et poussettes. Nous jugeons même les parents en se disant qu’avec les décibels, ce n’est pas un endroit pour amener les enfants en bas âge. C’est seulement quand la nuit tombe que nous réalisons que ces poussettes sont des bars ambulants. Organisés les canariens !!

Il est 21h30 et nous sommes toujours dans l’ambiance. Les carrosses passent les uns après les autres et les mascaritas dansent entre deux.

Nous discutons avec des canariens qui nous demandent jusqu’à quelle heure nous restons au défilé. Fièrement, nous leur informons que nous restons jusqu’au dernier carrosse. Ils ouvrent grand les yeux et nous disent qu’il y en a 150 ! Or nous avons dû en voir seulement une vingtaine. Ils nous expliquent que le défilé va durer toute la nuit et que si nous n’avons pas prévu ni à boire, ni à manger, ça va être difficile de tenir. Effectivement, même si nous apprécions la « folie ambiante », nous commençons à avoir faim et nous regagnons Topoïs. Jusqu’à 5h00 du matin, nous entendrons la musique de ce Grand Défilé.

Dimanche 1 mars 2020
Aujourd’hui est un grand jour pour les mascaritas. On enterre la sardine et l’enterrement de la sardine est le clou du Carnaval. La sardine rend son dernier soupir et des veuves et des femmes éplorées accompagnent le cortège funèbre qui la promène dans toute la ville jusqu’à la plage de Las Canteras. Pour participer à cet ultime défilé, il faut être habillé de noir. Je file donc au magasin chinois pour acheter le nécessaire pour notre dernier déguisement.
A17h00, Jean-Marie enfile pantalon, tee-shirt, nœud papillon et chapeau noirs à sequins. Pour moi, ce sera robe en dentelle, perruque noire et capeline en velours rouge et à dentelle noire. Nous sommes parés et prêts à faire la fête.


Nous nous dirigeons sur les ramblas, c’est de là que partira le cortège. Nous rencontrons des canariens qui nous demandent de les prendre en photos et qui nous félicitent pour notre déguisement. Nous leur expliquons notre voyage et ils nous souhaitent une bonne soirée.
Le défilé commence et c’est reparti pour une folle ambiance. Nous regardons les comparsas et les batucadas qui passent.






Un groupe de participants déguisés en veuves arrive et c’est à partir de ce moment que nous sommes pris en charge par nos canariens. Ils nous demandent de les rejoindre et nous voilà au cœur du défilé.


On chante (enfin on essaie car on ne connait pas les paroles), on danse, on saute, on s’amuse quoi ! Nous déambulons dans les rues, nous passons devant le recinto et nous sommes acclamés par les personnes qui sont dans les gradins.

La télévision espagnole filme l’évènement et nos guides canariens nous montrent les caméras pour qu’on se fasse filmer. Nous rencontrons des gens sympathiques et formidables qui nous emmènent dans leur fantaisie. Il est de bon ton de « pleurer » le départ de la sardine alors on joue le jeu. Je me retrouve entourée par deux sirènes-hommes qui sont désespérés et l’un d’eux feint un évanouissement, il se retrouve à terre. Entouré et rafraîchi par quelques autres veuves, il reprend ses esprits. Ça fait partie de la comédie et du carnaval. Nous nous dirigeons vers la plage. C’est ici que les mascaritas (dont nous deux) faisons leurs derniers adieux à la sardine lors d’un feu symbolique sur les flots.

Les feux d’artifice viennent clore la fête jusqu’à l’année prochaine. Nos canariens repartent à leur voiture car demain, ils travaillent. Nous allons manger un morceau et retournons à bord. Nous avons la tête chargée de superbes souvenirs et surtout nous mesurons la chance d’avoir pu vivre l’événement de l’intérieur.

Lundi 02 mars 2020
Le Carnaval est vraiment fini. Les équipes s’attellent au démontage des estrades et du recinto. 37 Tonnes de déchets ont été récupérés lors du Grand Défilé. Quelques plumes et paillettes ont échappé aux balayeuses. Nous prenons le bus pour aller chercher notre future voiture pour les jours à venir. Nous récupérons une jolie Fiat 500, c’est décidément notre voiture spéciale Canaries et nous rentrons à bord pour préparer notre périple pour demain.

Mardi 03 mars 2020
Nous commençons notre découverte de Gran Canaria par le Nord de l’île. Nous nous dirigeons vers Arucas située à 12 kilomètres de Las Palmas.Le centre-ville d’Arucas a reçu la distinction d’intérêt historico-artistique. L’Église de San Juan Bautista est la pièce architecturale maîtresse du centre. Elle a été sculptée intégralement en pierre d’Arucas par les tailleurs de pierre de la localité. Ce basalte bleu lui donne une couleur changeante en fonction des rayons du soleil. Lorsque l’on regarde ses tours, ses pinacles, il est impossible de penser que cette cathédrale a été construite à partir de 1909. L’ensemble est majestueux et on peut remarquer le soin impressionnant apporté au travail des sculptures. De magnifiques vitraux éclairent la nef et le volume important de l’édifice.



     



Nous remontons la Calle Leon y Castillo et remarquons de nombreuses maisons bourgeoises qui sont elles aussi, ornées de basalte bleu.

Nous visitons la Casa de la Cultura, une maison traditionnelle canarienne du 17ème siècle qui offre un patio intérieur entouré de balcons et un magnifique exemplaire de l’arbre Dragonnier.



Nous ne pouvons visiter Arucas sans consacrer un peu de temps à las Destilerias Arehucas. L’activité du rhum est très importante dans la commune. En témoigne, la grande cheminée qui porte le nom de la distillerie. Fondée en 1884, cette fabrique a l’une des plus grandes caves d’Europe avec 5000 fûts en chêne d’Amérique. Dans la première bodega, les fûts ont été signés par des personnages illustres (le roi Juan Carlos, la reine Sofia, Julio Iglesias, Monserrat Caballé, des footballeurs…). Nous découvrons toutes les étapes de la fabrication jusqu’à la mise en bouteille. Bien sûr, cette visite se termine par la dégustation. On nous présente toutes les bouteilles : rhum blanc, ambré, vieux, très vieux, liqueurs, rhum-miel… et on nous laisse nous servir autant qu’on veut. Heureusement, nous sommes raisonnables et surtout on doit reprendre la voiture. Alors on déguste deux-trois rhums et nous passons par la boutique pour faire quelques emplettes.



  
Nous retournons aux alentours de l’Eglise pour pique-niquer puis nous reprenons notre découverte de la ville. Un petit tour au musée municipal, au mini-musée des maîtres tailleurs de pierre, une promenade dans le parc municipal puis nous reprenons la voiture pour grimper au sommet de la Montaña de Arucas. Les rues sont très pentues et nous nous retrouvons à 600 mètres d’altitude pour contempler un beau panorama du nord de l’Île.




 

Mercredi 04 mars 2020
Nous entamons notre deuxième journée de visite de Gran Canaria par la suite de la route Nord. Nous nous dirigeons donc vers Firgas. Ce village tout blanc est réputé pour son eau, il est d’ailleurs surnommé « Vila del Agua ». De nombreuses sources permettent l’extraction d’une eau gazeuse naturelle mais aussi la culture du cresson très répandue ici.  En se promenant dans la ville, nous remarquons de nombreux canaux qui permettaient l’utilisation de l’eau pour les cultures mais aussi pour les besoins domestiques des habitants. Aujourd’hui, avec la faible pluviosité, ces canalisations ne sont plus très utilisées.



L’eau joue aussi un rôle principal dans le centre-ville avec la cascade artificielle de trente mètres qui coule au cœur de Firgas. Dans la première partie de la cascade, le sol est décoré de carrelages d’art représentant les paysages et les reliefs de chacune des 7 îles des Canaries. Dans la partie inférieure de la cascade, une série de superbes bancs en azulejos sont ornés des armoiries des 21 municipalités de Gran Canaria.



L’église de San Roque se trouve juste à côté et propose une jolie architecture faite de basalte bleu (la pierre locale) et de chaux. La porte principale date de 1502. Il règne une douceur de vivre bien agréable dans ce village.

 




Nous continuons notre périple en rejoignant la bourgade de Moya. Cette localité se dresse entre plusieurs ravins (barrancos) et une série de collines qui descendent vers la côte. Le barranco de Azuaje nous offre un panorama exceptionnel avec un relief accidenté et entrecoupé de profondes brèches.


L’Église de Nuestra Señora de la Candelaria est suspendue au-dessus de rochers escarpés qui se précipitent sur le Barranco de Moya. Inaugurée en 1957, elle est remarquable par sa taille mais aussi par ses grandes rosaces.



Le bâtiment de la Heredad de Aguas est un autre bâtiment important du village et l’utilisation de la chaux et de pierres basaltiques lui donne un charme particulier.


Nous décidons d’entrer dans le Parc Naturel de Doramas pour rejoindre Los Tilos (Les Tilleuls). C’est un des derniers endroits où nous pouvons admirer la laurisylve de l’Île.
Mais qu’est-ce que la laurisylve ? C’est un type de forêt subtropicale humide présente sur plusieurs des îles de la Macaronésie : aux Açores, à Madère et sur les îles des Canaries. On y trouve des fougères, des lauriers bien sûr et beaucoup d’espèces endémiques. Nous sommes au cœur de cette forêt et nous découvrons une petite aire de pique-nique bien tranquille. C’est ici que nous nous installons pour déguster notre repas de ce midi. Nous sommes tous seuls et nous profitons du calme, du bruissement des feuilles, du sifflement des oiseaux. C’est un pique-nique très apaisant.


Après cette parenthèse « zen », nous reprenons la route en direction de Santa María de Guía, que l’on appelle tout simplement Guía. D’ailleurs tous les panneaux routiers ou indicatifs ne mentionnent que ce nom.
Nous faisons une visite rapide de la ville et nous dirigeons vers le Cenobio de Valerón. Ce monastère est un site archéologique aux dimensions spectaculaires. On a longtemps adhéré à une fausse idée selon laquelle les silos étaient les chambres d’une sorte de couvent où étaient recluses les jeunes filles de la noblesse jusqu’au moment de leur mariage alors qu’il s’agit d’un énorme grenier collectif que les anciens canariens ont aménagé pour stocker les céréales. Il est constitué de plus de 300 silos taillés dans la roche tendre, connectés entre eux à différents niveaux. Le travail réalisé pour constituer cet ouvrage est incroyable.



 

Nous passons rapidement par Gáldar. Non pas parce la ville n’est pas intéressante mais parce que nous sommes décontenancés. La route pour accéder à cette municipalité est bordée par des champs de plastique. C’est ici qu’on cultive la banane et pour permettre une croissance rapide et à l’abri des éléments climatiques, les agriculteurs ne trouvent rien de mieux que de créer d’immenses serres en plastique. Outre le fait que cela soit très moche visuellement, le vent arrache les bâches. De nombreuses serres n’ont plus que leur structure et des lambeaux de plastique s’envolent dans la campagne environnante ou dans la mer. Alors qu’on nous casse les pieds (à juste titre) pour l’utilisation des sacs réutilisables, on permet aux industriels et aux grosses fermes canariennes de faire n’importe quoi. Cela nous révolte ! C’est ce plastique de l’on retrouve autour des hélices des bateaux, c’est ce plastique de l’on pêche alors qu’on préférerait une petite bonite, c’est ce plastique qui mettra des années à se désintégrer et qui polluera nos sols. Ouh que c’est énervant !!


Alors donc nous sommes rentrés à bord de Topoïs en passant par le phare de Galdár et nous visiterons la ville une autre fois.

 

Jeudi 05 mars 2020
Après deux jours de visites intensives, nous décidons de rester à bord de Topoïs mais aussi d’aller chercher quelques bricoles au magasin de bricolage. En effet, il nous faut une caisse hermétique pour ranger nos accessoires de Carnaval. Ce sera donc une journée tranquille dans la marina.

Vendredi 06 mars 2020
Aujourd’hui sera aussi une journée relax avec une belle promenade en ville et l’achat de tissu pour faire des pochettes. Il y a des jours où on se demande ce qu’on a bien pu faire pour occuper notre journée. Eh bien parfois, on ne fait rien de spécial et les minutes s’égrènent sans que l’on se rende compte du temps qui passe.

Samedi 07 mars 2020
Notre journée se passe en pleine zone des Cumbres (sommets) de Gran Canaria. L’ensemble de la zone est classé réserve mondiale de la biosphère depuis le 29 juin 2005 par l’UNESCO.

Notre périple commence par la Réserve Naturelle Spéciale de Los Marteles. Le paysage de la caldera de los Marteles, créé par une éruption volcanique en contact avec les eaux souterraines, est l’un des grands trésors de cette réserve naturelle. D’impressionnantes roches côtoient de nombreuses plantes endémiques parmi lesquelles le chardon de Tenteniguada et puis aussi les amandiers qui sont en fleur.





Nous continuons notre route pour entrer au cœur des immenses bois de pins canariens. Victimes d’un important incendie en 2017, les pins des Canaries ont une stupéfiante capacité de régénération. Grâce à leur épaisse couche de liège de leur tronc, seules leurs couches extérieures sont brûlées et cela favorise leur récupération complète en quelques années. Sur les troncs brûlés que nous apercevons, de nombreuses pousses refont surface. Quelle force, cette nature !

 




Nous trouvons quelques grosses roches qui nous serviront de table de pique-nique pour ce midi.

Dans cette zone, nous apercevons une cavité qui était autrefois un puits à neige. Jusqu’au 19ème siècle, la neige était stockée dans ces « pozos » durant l’hiver. Chargée à dos de mulet, elle était ensuite descendue à Las Palmas pendant l’été où elle était vendue aux notables et mangée telle une glace. Elle était aussi destinée aux malades afin de faire baisser la fièvre ou pour soulager les contusions et douleurs. Avec l’installation des premières fabriques de glace, le commerce de la neige a cessé et les puits ont été vendus et abandonnés.

Au loin, nous apercevons le Pico de las Nieves, le point culminant de Gran Canaria qui culmine à 1949 mètres d’altitude.

Nous prenons la route qui nous conduit jusqu’à son mirador. Par chance, le temps est dégagé, le panorama est de toute beauté et nous apercevons par-delà la mer des nuages, le Teide (le point le plus haut de l’île voisine de Tenerife).


Nous redescendons et nous dirigeons maintenant vers le Roque Nublo : c’est le symbole de Gran Canaria. Il s’agit d’une énorme pierre basaltique en forme de monolithe de plus de 70 mètres de hauteur issue de l’activité volcanique et de l’érosion. Tout près on trouve une autre pierre monolithique baptisé El Fraile (Le Frère), étant donné sa grande ressemblance avec un moine en prière.

Pour atteindre el Roque, il nous faut emprunter un chemin très bien balisé de 1.6 kilomètres. Alors que nous sommes très détendus avec nos petites baskets de ville, nous croisons des coureurs avec des dossards. Nous nous rendons compte que nous sommes sur le trajet de l’ultra-trail de Gran Canaria. La Transgrancanaria est sans doute un des plus beaux trails du monde, épreuve devenue mythique et comptant pour l’Ultra Trail World Tour. La course, longue de 128 km et 7500 mètres de dénivelé positif, traverse l’île de Gran Canaria du Nord au Sud au départ de Las Palmas. De nombreux participants de toutes nationalités se sont élancés hier soir à l’assaut de ce challenge. Nous croisons quelques françaises et français que nous encourageons d’un « Allez Kevin, Allez Patricia ! ». Alors que nous transpirons comme des bœufs, ils ont l’air frais alors qu’ils ont déjà parcouru 83 kms. Il n’y a pas à dire, on manque d’entraînement 😉
Au sommet de notre sentier, nous l’apercevons enfin ! El Roque est immense et nous avons l’air minuscule à ses côtés. Le panorama est époustouflant, nous nous rendons compte du relief escarpé de l’île.



 Nous savourons le calme et l’immensité du paysage pendant que les sportifs valident le « check point ».


Il est temps de redescendre et bien entendu, nous libérons le chemin pour les coureurs qui le descendent à toute allure. Il leur reste 45 kilomètres à parcourir !


Nous partons en direction de la Cruz de Tejeda. Cette croix de pierre est le point de rencontre de toutes les routes venant des côtes. C’est le kilomètre 0 de ces routes comme l’est le point 0 situé sur le parvis de Notre Dame de Paris.



Nous rentrons à bord de Topoïs en empruntant des routes de montagne sinueuses et très largement fleuries. De nombreux miradors nous permettent d’admirer cette nature sauvage. Même si de nombreuses constructions ont colonisé les coteaux et les ravins, elles sont bien intégrées dans le paysage.

Dimanche 08 mars 2020
C’est la journée de la Femme. Alors relax, c’est MA journée. Au programme : lecture, bronzage et un peu de cuisine plaisir. Jean-Marie dont ce n’est pas la journée 😉 s’occupe du graissage de l’enrouleur de génois. Il s’aperçoit que la réparation sur la ralingue du génois que j’avais faite à Porto Santo n’a pas vraiment tenu. Nous allons voir ça avec la voilerie dès demain.

Lundi 09 mars 2020
Et c’est reparti pour les visites ! On ne va pas bronzer tous les jours non plus.

Nous partons en direction de Teror. Drôle de nom pour la capitale religieuse de l’île.  La Basilique de Nuestra Señora del Pino est le bâtiment le plus important de la commune et l’un des plus représentatifs de l’architecture religieuse des Canaries. Malheureusement, les visites ne sont pas autorisées aujourd’hui mais la grande porte est ouverte et nous permet d’admirer le maître autel. De jolies gargouilles nous offrent des sourires édentés.




    

Autour de la place de la Basilique, les rues pavées et les nombreuses maisons aux balcons en bois sculpté dans le pin canarien donnent un charme fou au village.
Nos pas nous entraînent vers le Monasterio del Cister. Un monastère connu du fait d’une exquise pâtisserie que fabrique les religieuses. Il n’en fallait pas plus pour que nous allions y faire un tour. Dès notre arrivée, nous sommes étonnés car bien que le monastère soit ouvert jusque 12h30, tout semble fermé. Nous frappons à la porte principale, à toutes les autres portes et aucun signe de vie. J’aperçois un interrupteur à 2,5 mètres du sol, j’appuie dessus, c’est une sonnette. Nous entendons quelques pas et nous nous attendons à voir surgir une religieuse. Une personne nous salue derrière un tourniquet de bois, je lui explique que nous aimerions visiter le lieu mais elle m’informe qu’il n’y a pas de visite. Il n’y a que des pâtisseries à la vente. Je lui demande donc si nous pouvons entrer pour déguster, elle tourne le tourniquet d’un cran et nous montre ce qu’il y a à vendre. Il est impossible de goûter. Nous sommes tellement surpris que nous la remercions et repartons sans pâtisserie et sans avoir vu son visage. Nous avons eu tort de réagir de la sorte car après renseignement, nous réalisons que ces religieuses font le vœu de garder leur visage à l’abri des regards étrangers à leur communauté. Nous qui prônons la rencontre et le partage, nous avons du mal à comprendre que ces femmes se coupent du monde pour leur amour de Dieu et leur foi.


Cette histoire de petits gâteaux a éveillé notre faim et nous nous dirigeons vers la Finca de Osorio. Autrefois propriété d’une riche famille d’aristocrates, le domaine était une véritable exploitation agricole. On cultivait, on élevait du bétail, certains animaux sont encore là. Depuis 1981, il appartient à la région de Gran Canaria et il est devenu un parc ouvert au public.

La Finca possède une de plus belles et plus anciennes forêt de l’île avec ses 207 hectares où se côtoient des arbres venus d’Europe et d’Amérique. Une magnifique demeure de pur style canarien et un joli jardin de style romantique complètent l’ensemble.


 

Nous nous installons sur une des tables à disposition pour profiter d’un pique-nique bucolique. Nous sommes entourés d’arbres centenaires, de quelques poules et leurs poussins et nous savourons la vue magnifique sur la mer à l’horizon.
Cet endroit vaut toutes les terrasses du monde et on peut dire que nous avons de la chance de toujours trouver des petits endroits sympathiques pour poser notre repas.


Nous reprenons notre chemin et nous dirigeons sur la côte pour aller voir El Roque. Un promontoire de 320 mètres de long accueille un amoncellement de maisons imbriquées les unes dans les autres. Elles semblent être en équilibre sur cet éperon rocheux. Les habitations sont collées entre-elles et l’unique ruelle du village fait 1 mètre de large. On n’y circule qu’à pieds et il n’y a ni commerce, ni espace public. Le seul commerce de ce bourg est le restaurant qui se trouve au bout de la ruelle et qui permet de profiter d’un panorama exceptionnel sur la mer. Les maisons blanches semblent être suspendues dans le temps et confèrent à cet endroit un charme authentique et bien à l’abri de la modernité.





Nous rentrons à bord avec, encore une fois, de belles images dans la tête.

Mardi 10 mars 2020
Le soleil chauffe encore ce matin alors en avant pour la lessive. C’est le grand lavage : draps, housses de couettes,… tout y passe.

Nous allons récupérer le gennaker qui a été réparé et la chaussette qui a été modifiée pour lui donner plus de résistance. Nous en profitons pour apporter le génois à la voilerie et pour commander une télécommande qui nous permettra de remonter la rampe arrière de Topoïs quand nous quittons le bateau. Il y a toujours des points à améliorer même sur les bateaux neufs.


Dans la soirée, nous recevons un appel de nos amis Corinne et Pascal qui doivent nous rendre visite à la fin du mois. Ils sont très embêtés car le Coronavirus qui sévit actuellement dans le monde complique le voyage prévu. En effet, il n’est pas prudent pour eux de prendre l’avion alors que c’est un des lieux les plus confinés pour attraper des maladies et virus. Ils décident donc de reporter leur voyage à plus tard. Bien sûr, tout comme eux nous sommes déçus mais dans cette crise sanitaire, la prudence doit prévaloir. Tant pis, on trinquera à la sangria plus tard !

Mercredi 11 mars 2020
Ah la communication ! Cela ne paraît pas mais tenir un blog prend du temps ! Je devrais m’astreindre à écrire tous les soirs mais je n’y parviens pas. Alors quand il s’agit de rédiger un article, ça nécessite de bloquer quelques heures derrière le clavier.
Mais j’aime faire le récit de notre aventure. Tout d’abord pour le partager avec nos proches, avec ceux qui nous suivent et puis cela nous fera des souvenirs quand on sera vieux. Je nous imagine à la maison de retraite, nous remémorant tous ces instants merveilleux que nous vivons aujourd’hui mais aussi les petites galères que nous surmontons.

Pendant ce temps, Jean-Marie range correctement le gennaker dans sa chaussette et s’occupe avec le petit bricolage du bateau.

Jeudi 12 mars 2020
Nous reprenons notre parcours touristique sur Gran Canaria et empruntons à nouveau les routes qui serpentent à travers la montagne. Nous nous dirigeons vers Artenara, le plus haut village de l’ïle. Nous circulons à travers les ravins, les vallées encaissées, nous croisons malheureusement de grandes étendues de pins canariens brûlés lors du grand incendie de l’an dernier. C’est toujours un crève-cœur de voir tous ces squelettes noircis, ces pans de montagne couleur ébène. Il a parfois suffi d’une petite inattention humaine pour que des hectares soient la proie des flammes et c’est bien dommage que l’Homme ne mesure pas toujours le poids de ses erreurs.

 

 



 
En chemin, nous nous arrêtons à un mirador où nous pouvons admirer la Caldera de los Pinos de Gáldar et le Montañón Negro. Ces deux volcans sont les témoins de la construction récente de Gran Canaria puisqu’ils datent d’environ 3000 ans. De nombreux pins âgés parfois de 500 ans peuplent les côteaux de ces « montagnes ».  



Nous sommes maintenant à 1270 mètres d’altitude dans ce charmant village d’Artenara qui se trouve à 50 kilomètres de la marina mais nous avons mis 1h30 pour l’atteindre.
A notre arrivée, nous sommes attirés par deux grandes sculptures en acier réalisées pour rendre hommage aux travailleurs de l’Environnement de l’île. La pièce verticale baptisée « Forestas » symbolise l’habitat troglodyte du village et les cylindres d’acier représentent la forêt de pins endémiques. La pièce horizontale « Prótego » symbolise le paysage côtier d’Artenara.



De ce mirador de La Atalaya, nous avons une vue sur le village en contrebas et nous repérons une petite place qui sera notre aire de pique-nique pour ce midi. Bien installés, entourés de mimosas et d’eucalyptus, nous savourons notre petite salade en profitant du calme. Mooring s’adonne à la chasse aux lézards, sans grand succès aujourd’hui.



Nous nous dirigeons vers le centre du village. Contrairement aux autres villes que nous avons visitées jusqu’à présent, la pierre utilisée ici n’est plus le basalte bleu mais les roches rouges collectées dans la région. L’Eglise San Matías est le bâtiment religieux le plus important de Artenara et il trône au milieu de la place principale. L’Eglise est sobre et simple mais lorsque nous entrons, nous sommes stupéfaits par le magnifique plafond sculpté en pin canarien. De style néo-mudejár, c’est un travail d’une extrême beauté. Au fond des trois nefs, des peintures constitue une trilogie biblique et représentent l’Ascension de Jésus, l’Ascension de la Vierge et celle du prophète Elie levé au ciel par un chariot de feu. Le sol de l’Eglise est entièrement parqueté et parfaitement entretenu.

 

 
 

De nombreux miradores nous offrent des points de vue formidables sur la nature environnante, classée Réserve Mondiale de la Biosphère. Au mirador d’Unamuno, nous apercevons au loin le Roque Nublo que nous avons approché en début de semaine, puis le Pico de las Neives, tous ces pics de basalte témoins pétrifiés de l’activité volcanique d’autrefois. C’est tellement beau et il y règne une telle douceur de vivre, que nous nous imaginons difficilement que ce paysage n’était qu’une marmite de lave bouillante il y quelques milliers d’années.



Nous parcourons quelques mètres pour atteindre le musée ethnographique d’Artenara. Dans ces habitations troglodytes vivait une famille de 15 personnes jusqu’au début des années 60. Ces sept grottes témoignent du passé historique du village : les chambres, le lavoir, la cuisine, les greniers. Chaque cueva (grotte) avait son utilité. Par chance, nous sommes seuls et nous pouvons nous imprégner très facilement de l’ambiance qui devait régner dans cet habitat peu conventionnel pour nous. 

 
     
 

Nous suivons les panneaux indicatifs pour rejoindre l’Ermita de la Cuevita. Le chemin grimpe fortement et pendant 700 mètres, nous brûlons des calories d’autant plus que le soleil brille et qu’il fait chaud. A notre arrivée, quelle surprise ! Une chapelle est creusée à-même la roche. Nous pénétrons dans le sanctuaire totalement taillé dans la roche. Le confessionnal, la chaire, l’autel, le tabernacle, le pupitre : tout est le fruit des tailleurs de pierre. Le chemin de Croix est également sculpté. La seule image dans cette Eglise rustique est celle de la Virgen de la Cuevita. Cette sculpture de bois est la patronne des coureurs cyclistes de l’île qui viennent en pèlerinage une fois par an. De nombreux bouquets de fleurs témoignent de la ferveur des fidèles à la cette vierge.




Nous reprenons notre chemin vers le centre du village pour atteindre maintenant la statue del Sagrado Corazón de Jesus. Un globe tenu par deux anges agenouillés est surplombé par cette statue témoigne une fois encore de la dévotion des fidèles.

 





Après cette journée de découvertes, nous reprenons le journée de la marina où nous attend notre fidèle Topoïs. En fin de journée, une affiche à l’entrée de notre ponton nous indique qu’à partir de demain, il ne sera plus possible d’accéder à la marina. Par mesure de précaution par rapport au Coronavirus, les communications ne se feront plus que par VHF, Mail ou téléphone. Aucun accueil physique ne sera assuré, ils prennent de sacrées mesures.

Vendredi 13 mars 2020
Alors que nous avions prévu une journée de visites, un appel du bureau va changer nos plans. Alors que l’une de mes salariées est en vacances, une recrudescence d’appels est enregistrée au bureau. En raison du Coronavirus qui s’étend de plus en plus, de nombreux médecins pour lesquels nous travaillons décident de consulter par téléphone ou vidéo pour les 15 jours à venir. Il faut donc prévenir les patients. Je travaille donc toute l’après-midi à distance en passant de nombreux coups de fils. Jean-Marie sort et fait un bon coup de nettoyage sur le pont.
A la radio, nous entendons que le gouverneur des Canaries va faire une allocution à la télévision ce soir. Le soir venu, nous nous mettons sur la chaîne 33 et le gouverneur annonce quelques mesures : fermetures de bars, restaurants, commerces non alimentaires, annulation de toutes les activités sportives, culturelles et festives, appel à la vigilance et au respect des consignes.
On ne sait pas trop ce qu’il se passe car nous ne sommes pas médecins et encore moins épidémiologistes mais cela paraît un peu inquiétant. L’avenir nous dira ce que nous devons faire et comment réagir.

Samedi 14 mars 2020
Ce matin, je travaille encore à distance pour annuler, modifier des rendez-vous. Avec Amandine, ma salariée qui est au bureau, on abat un boulot de dingues pour répondre aux demandes des médecins et des patients. Nous savons que la tâche n’est pas terminée car en fonction de l’avancée du virus, il faudra sûrement modifier d’autres consultations.
Un bateau copain m’appelle pour savoir si je peux me renseigner à la marina car il voudrait revenir du Sud de l’ïle. Il ne parle pas espagnol et ne sait pas trop quoi faire. Le message de la marina est clair : interdiction de rentrer ou de sortir de la marina de las Palmas. Les autorités veulent limiter les mouvements de bateaux et donc de personnes au maximum. Nous savons à partir de ce moment que nous ne pouvons rejoindre une autre île de l’archipel et que nous devons attendre les instructions.
En début d’après-midi, nous allons faire quelques courses de produits frais car les informations locales parlent d’un éventuel confinement. Il n’y a presque personne dans les rues, les parkings sont déserts, nous allons au supermarché et nous sommes très peu nombreux. A vrai dire, nous n’avons jamais vu ça. Les rayons sont largement achalandés et on trouve tout ce sont nous avons besoin. Nous notons qu’il n’y a plus de riz long, ni de pâtes « premier prix » et que le rayon papier hygiénique est un peu vide. Nous faisons nos emplettes sans la cohue du samedi après-midi et rentrons à bord.




Alors que nous regardons très peu la télévision, nous l’allumons ce soir car le chef du gouvernement espagnol doit s’exprimer. Au ton et aux termes utilisés, nous nous apercevons que l’heure est grave. Alors que nous vaquions à nos occupations sans aucun souci, la donne est en train de changer. Le gouvernement a instauré un état d’alerte hier dans la péninsule et cela est maintenant le cas pour tous les territoires c’est-à-dire les Baléares et les Canaries. Le confinement des personnes est mis en place pour une durée initiale de 15 jours. Il nous est interdit de sortir du bateau sauf pour aller faire des courses ou pour aller à la pharmacie. Par chance, nous avons un peu de bricolage et de couture à faire.

 

 

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