Fuerteventura – Archipel des Canaries– Coordonnées GPS : 28° 20′ 74” N – 14° 02′ 26” W – Du 22 novembre au 06 décembre 2019

Nous sommes donc à Fuerteventura. C’est une des sept îles qui composent l’archipel canarien et elle est située à 97 kms des côtes africaines. Très peu densément peuplée, il y a à Fuerteventura plus de chèvres que d’humains. Formée par des éruptions volcaniques, il y a plus de 20 millions d’années, l’île fait 100 kilomètres de long et 30 kilomètres de large. Malgré un sol volcanique fertile, l’île était pauvre notamment à cause du manque d’eau pluviale. Mais ses 152 plages et son climat très agréable tout au long de l’année en font maintenant un paradis touristique.
Fuerteventura est composée de 6 chefs-lieux que nous allons visiter pendant ces quelques semaines :  Antigua, Betancuria, Puerto del Rosario, Pajara, La Oliva et Tuineje.

Samedi 23 novembre 2019
Après cette première nuit entrecoupée, nous nous réveillons dans la marina de Gran Tarajal qui signifie Grand Tamaris et le village doit son nom à la nombreuse population de tamaris des Canaries qui peuplaient la vallée. Gran Tarajal est un port de pêche et il y a ici plus de pêcheurs que de touristes. La ville a gardé une authenticité qui lui donne un certain charme. Une plage de sable brun, quelques restaurants et cafés avec terrasses, tout ici confère une tranquillité qui nous plaît.

Il est 08h30 et il fait déjà 23°. Nous avons une pensée pour nos amis et familles qui commencent à subir les assauts de l’hiver en France. Après une navigation de plusieurs jours, la mission première est de remettre Topoïs en ordre. Même si l’on fait attention, les conditions de navigation ne nous permettent pas toujours de maintenir le bateau bien rangé et bien propre. De plus, nous avons eu un souci avec un de nos frigos alors toute l’eau des glaçons s’est vidée dans les fonds de cale juste en dessous. Notre journée a donc été consacrée au rangement et au nettoyage et comme d’habitude, Jean-Marie s’occupe du pont et moi de l’intérieur.
Pour nous remettre de ces tâches pas trop agréables, nous sommes allés manger à la Cofradia de los pescadores à deux pas de la marina. Nous étions accompagnés de Marie et Thierry de Wapi ainsi que de Pascale et Eric de Makatea. Ils ont tous pris une paella et je me suis laissé tenter par des gambas grillées.


Après un petit tour en ville, nous rentrons à bord et nous préparons pour une bonne nuit réparatrice

Dimanche 24 novembre 2019
Et si on faisait une journée « glanding ». A part une petite balade dans les environs, nous ne faisons pas grand-chose et nous remettons tranquillement de notre traversée.

Une altercation a lieu sur le ponton. D’ordinaire, on vit dans une ambiance tranquille et plutôt chaleureuse, mais là c’est la guerre ouverte entre 4 bateaux. L’un bulgare accuse les autres français de faire du bruit avec des travaux et d’apporter des nuisances, les autres l’accusent d’avoir fait la fête jusqu’à 3 heures du matin la semaine d’avant. La sécurité de la marina intervient et tente de calmer la situation. Le bulgare décide de changer de place et se met juste à côté de nous et déclare haut et fort qu’il n’aime pas les français. Alors que nous l’aidons à s’amarrer, il hurle sur Jean-Marie qui lui relance ses amarres en tournant les talons. J’essaie de calmer le jeu et essaie de lui parler car nous allons passer 1 mois ici et s’il reste autant que nous, ce serait bien que nos relations de voisinage soient cordiales. Et le voilà qui me dit « vous êtes française ? Car si vous êtes française, je ne vous parle pas ». Je lui répond du tac-o-tac « non, je suis espagnole » et en moi-même je me dis « pauvre con ». Et ce bulgare (persuadé que je suis espagnole) de me dire que nous avons un beau bateau, qu’il adore la marque Bavaria, que c’est chouette l’Espagne et qu’il n’aime vraiment pas les français. Je ne sais pas ce que nos compatriotes lui ont fait mais il est tenace le bulgare. Après quelques heures, il frappe au bateau et nous offre une bouteille de vin pour s’excuser d’avoir crier sur Jean-Marie. On la refuse, il insiste, on l’accepte mais on sera méfiant avec cet énergumène.
Sur ce, un des 3 bateaux français vient me voir et me demande de l’aider en allant avec lui à la Guardia Civil (l’équivalent de notre Gendarmerie) car il a l’intention de porter plainte contre le bulgare pour menaces de mort. Je refuse en lui indiquant que je ne suis témoin de rien et que je ne veux pas d’histoire. Nous sommes dans un vrai film ou dans une cour de récréation. Nous ne parvenons pas à comprendre comment les hommes peuvent en arriver à ce point pour une nuisance qui aurait pu se régler à l’amiable.

Lundi 25 novembre 2019
Bon, qu’est-ce qu’il a dans le ventre notre frigo ? Depuis 3 jours, il ne fait plus de froid. Notre ami Mickael, qui est en France, a évoqué une fuite de gaz. Il nous faut donc contacter un technicien pour que le diagnostic puisse être affiné. Mais nous sommes sur une île des Canaries et cela ne va pas être forcément facile. Heureusement, radio ponton fonctionne super bien et on obtient le numéro de téléphone d’une personne qui loue des bers sur le chantier et qui connaîtrait peut-être quelqu’un. Je lui passe un coup de fil (merci à mes professeurs d’espagnol de m’avoir tant permis d’aimer cette langue) et il m’indique le nom d’un technicien. Je l’appelle et une heure plus tard, il est à bord avec son matériel.

Il vérifie d’abord la pression du gaz et tout est ok. Il démonte la carte électronique et vérifie toutes les connections et pense que c’est ça. Pour en être sûr, il monte une autre carte et le frigo refait du froid. Malheureusement il n’a pas notre modèle de carte en stock mais va se débrouiller pour la faire venir de Gran Canaria, une île à côté de Fuerteventura. Nous pourrions la faire venir de France mais les tarifs sont 2 fois plus élevés que ceux pratiqués ici. Il y en a certains qui doivent se faire de jolies marges !
Dans l’après-midi, la Guardia Civil (l’équivalent de notre Gendarmerie) vient voir notre voisin de ponton (le bulgare). En effet, à la suite de la plainte du français, il est convoqué pour donner sa version. Etant donné qu’il ne parle pas espagnol, il informe les agents de la Guardia Civil que je parle cette langue et me voici, à mon tour, convoquée pour le lendemain 09h00 en qualité de traductrice.

Mardi 26 novembre 2019
Me voici, accompagnant mon voisin de ponton et sa femme en route vers la Guardia Civil. Nous avons 20 minutes de trajet à pieds et pendant ce temps j’apprends qu’il est bulgare, qu’il vit en Grèce et qu’il est skipper professionnel. Il fait beaucoup de convoyage entre la Grèce et la France. Il trouve que je parle bien français pour une espagnole donc je pars dans un joli mensonge : je suis espagnole par ma mère, allemande par mon père, j’ai fait mes études et j’ai travaillé en France.
Nous attendons la personne qui a pris la plainte du français pendant plus de 45 minutes et elle demande au bulgare de donner sa version. Forcément, la version est totalement contradictoire. Il reconnaît s’être énervé mais réfute la menace de mort. Les personnes de la Guardia Civil sont dans l’embarras car c’est la première fois qu’ils sont confrontés à ce souci. Finalement, étant donné que les 2 protagonistes sont en transit ici et partent faire la traversée de l’Atlantique, l’affaire est classée sans suite. Le bulgare me remercie de m’être déplacée et je repars au bateau. Je croise le français qui me demande ce que me voulait la Guardia Civil et m’informe qu’il n’aime pas les bulgares car ils égorgent les gens en Serbie. Je coupe court à la conversation et m’interroge. Normalement, nous sommes tous animés par la même volonté de voyager, de rencontrer d’autres personnes et de s’ouvrir à d’autres cultures. Alors comment peut-on se retrouver sur le même ponton avec deux énergumènes qui n’aiment pas les autres ? Vaste sujet pour lequel nous n’aurons pas de réponse.
Après cette matinée fort instructive, nous voici dans le bus n°16 en route pour l’aéroport de Puerto del Rosario. Nous avons loué une voiture pour la durée de notre séjour ici. Etant donné le prix défiant toute concurrence, on va pouvoir profiter d’un carrosse pour visiter l’île sans se presser. Nous prenons possession d’une jolie Fiat 500 blanche et c’est parti pour un tour. En bus, nous avons remarqué la présence d’un magasin Ikea. On s’y arrête et croyez-nous si vous voulez, mais nous n’y sommes restés que 15 minutes et sommes ressortis sans aucun achat. Eh oui, c’est possible ! Et pourquoi ? car le magasin est tout petit et on ne peut que commander, rien n’est disponible. On remarque également un immense magasin chinois (de la taille d’un Ikea chez nous) et on fait quelques emplettes pour Noël et pour bricoler.
Nous rentrons à la marina en parcourant de grandes immensités désertiques. Il nous tarde de découvrir Fuerteventura.

Mercredi 27 novembre 2019
Ce n’est pas aujourd’hui que nous ferons beaucoup de kilomètres. En effet, Jean-Marie cherche à améliorer les bossoirs pour l’annexe et feuillette les catalogues d’accastillage. Quant à moi, je travaille pour le bureau. Quelques petites choses à régler (les cadeaux de Noël des clients, l’achat d’un meuble informatique, la conception de la carte de fin d’année, …). En plus en début d’après-midi, j’ai un rendez-vous téléphonique avec la comptable de mon entreprise donc je regarde les comptes pour me mettre dans l’ambiance.

Nous allons faire quelques courses à l’Hiperdino et nous sommes étonnés des prix pratiqués. Cela nous semble encore moins cher que sur l’archipel de Madère et nous le vérifions une fois arrivés à la caisse. Etant donné que nous sommes à l’approche des fêtes de fin d’année, de nombreux étals proposent les gourmandises de Noël : turron, mazapan, polvoron, roscos,.. Combien de noms évocateurs de quelques calories supplémentaires 😉 Mais nous ne cédons pas à la tentation, on se réserve pour plus tard.




Jeudi 28 novembre 2019
Ce matin, nous commençons notre découverte de l’île de Fuerteventura. Nous nous dirigeons vers Giniginamar. Ce petit village de pêcheurs borde l’océan. Ses petites maisons alignées, sa petite église moderne jouxtent la plage de sable noir et de galets gris. Il y a peu de monde à cette période, uniquement quelques résidents locaux qui se saluent d’un « hola » d’une maison à l’autre. Cette ambiance est charmante, nous sommes tellement loin du tourisme de masse.

  



Nous nous dirigeons ensuite vers Tuineje, un des 6 chefs-lieux de l’île. Au lieu d’emprunter la route principale, nous parcourons les petites routes qui serpentent à travers les longues étendues désertiques de la plaine centrale de Fuerteventura. Les couleurs sont magnifiques : le bleu du ciel fait concurrence au beige, à l’ocre et au rouge des massifs montagneux. De petites maisonnettes sont disséminées çà et là et presque chacune possède un aéromotor qui lui permettra de pomper l’eau nécessaire à la vie quotidienne.


Tuineje est connue pour avoir été le lieu d’une bataille contre les corsaires anglais en 1740. Les majos (les habitants de l’île) se sont battus contre les envahisseurs en chevauchant des dromadaires. Cet animal est depuis l’emblème du village et figure sur son écusson.



Cette fameuse bataille de Tamasite est évoquée dans une peinture à l’huile sur le retable de l’église San Miguel Arcángel. Cette jolie petite église de l’Archange Saint Michel date du 18ème siècle. Elle renferme un retable et une chaire peints en pastel avec de nombreuses références à la franc-maçonnerie.
  


Notre route nous amène maintenant vers une petite usine de production d’aloé vera. Les 17000 pieds plantés sur l’exploitation vont produire 30000 litres de produits. Un guide évoque toutes les vertus et propriétés de cette liliacée et nous explique toutes les phases de la récolte à la mise en flacons. Nous avons de la chance car la production n’a lieu que 24 jours par an et aujourd’hui les employés ont procédé à la récolte et à la préparation des feuilles. Nous parcourons le lieu de production et nous dirigeons ensuite à la boutique. Toutes les étapes de la production ayant lieu à la main, les tarifs des produits sont un peu prohibitifs. Nous nous laissons tout de même tentés par une crème pour les mains !


Nous nous dirigeons vers Tiscamanita afin de visiter le centre d’interprétation de los Molinos. Situé dans un habitat traditionnel, le centre expose des informations sur les procédés de mouture des céréales utilisés au fil du temps. A l’entrée du musée, nous pouvons goûter des gâteaux au « gofio ».  Après être lavée, la céréale est grillée. Cette étape permet au « gofio » d’être différencié des autres farines et le rend plus facilement digérable. Pendant qu’il refroidit, il est meulé entre deux pierres horizontales qui sont traditionnellement volcaniques ou en basalte. Le « gofio » est encore de nos jours un aliment essentiel de la cuisine canarienne et on peut le trouver dans les gâteaux, biscuits, glaces, potages et aussi en accompagnement des viandes et poissons.
Un joli moulin peut être visité et nous montre tous les rouages qui font qu’une céréale peut devenir de la farine.

     


Il est temps de manger et nous nous rendons à Antigua où nous trouvons un seul restaurant ouvert : le « Todo Bueno ». Comme nous sommes accompagnés de Mooring, le propriétaire nous installe dans une salle à part et nous dégustons une pizza et du poulet grillé. La cuisine est très bonne, bon marché et à la sortie, le patron offre une rose aux femmes. C’est une jolie attention ! Nous rentrons à la marina.

Je lis un peu pendant que Mooring dort et que Jean-Marie est parti faire un tour à pieds. Eh oui, il lui faut trouver des bricoles à mettre dans le calendrier de l’Avent 😉

Vendredi 29 novembre 2019
J’avais commandé du tissu pour refaire les housses de pare-battages qui ont sacrément mal vieillies après le passage sur certains pontons. J’ai aussi du tissu pour faire le taud de notre annexe. Ce matin, je m’installe donc devant ma machine à coudre et en avant pour quelques heures de couture. C’est facile car il me suffit de découper une ancienne housse pour en faire un patron. Je réalise assez vite ces six housses.


Pendant ce temps, Jean-Marie nettoie le pont qui se salit assez vite ici. En effet, Fuerteventura est réputée pour son vent et celui-ci apporte beaucoup de poussière jusqu’à la marina. Alors il faut régulièrement passer un coup de jet sur le pont de Topoïs et bien sûr, il faut aller dans tous les petits recoins.
Lors de notre dernier arrêt dans un magasin chinois, j’ai acheté une paellera. Je me lance donc dans la préparation d’une fideua valenciana. Mais qu’est-ce que la fideua ? C’est comme une paella mais avec des fideos. Et qu’est-ce que des fideos ? Ce sont des petites pâtes un peu plus grosses que le vermicelle et qui se mangent « al dente ». J’avais essayé d’en faire une dans une cocotte-minute mais ce n’était pas fameux. Dans la paellera, c’est nettement meilleur. Un vrai régal !


Marie et Thierry qui sont juste à côté de nous sur le ponton, nous voient nous régaler avec ce plat typiquement espagnol. Comme j’en ai fait beaucoup, ce soir, ils viendront manger le reste avec nous !
Dans l’après-midi je finis assez vite les housses de pare-battages, je m’attaque à la découpe du tissu pour le taud de l’annexe. Malheureusement il fait nuit à 18h30, donc il m’est impossible de commencer à coudre car je ne peux pas vérifier mes morceaux de tissu sur l’annexe. On verra ça demain.
Depuis quelques jours, de nombreux voiliers sont partis pour descendre sur le Cap Vert et pour ensuite faire la transatlantique. Nous ne sommes pas nombreux sur les pontons et les bateaux de pêche prennent la place des bateaux de plaisance.

Samedi 30 novembre 2019
Petit-déjeuner avalé, je m’installe derrière ma machine à coudre et en avant pour une journée complète de couture Je pique, je couds, j’ajuste, je commence à bien maîtriser le sujet. Une voisine de ponton vient me demander comment je procède car elle voudrait elle aussi faire son taud. On échange donc un petit moment sur la couture et je lui donne quelques astuces. En effet, même si cela peut semblait difficile au départ, il suffit de bien suivre les étapes et de ne pas se précipiter pour réussir à faire un taud qui couvrira l’annexe des rayons du soleil.
Pendant mes travaux manuels, Jean-Marie s’occupe de l’intendance : promenade de Mooring, préparation des repas, courses, vaisselle. J’ai la chance d’avoir un skipper qui met la main à la pâte quand il voit que je suis occupée sur un chantier prenant.

Dimanche 01 décembre 2019
Il faut que je finisse le taud d’annexe aujourd’hui. Alors je m’y atèle dès le matin. Ça avance bien et tout devrait être fini dans la journée. Je perds beaucoup de temps à coudre les lettres et les chiffres uns par uns. Etant donné que l’annexe est une embarcation, elle doit avoir le nom du bateau auquel elle est annexée et elle doit aussi avoir l’immatriculation dudit bateau. Me voilà donc avec mon fil et mon aiguille à coudre toutes les lettres de TOPOIS et les lettres et chiffres de l’immatriculation F LH 59743.



Pendant que je suis occupée sagement à mon ouvrage, Jean-Marie installe le calendrier de l’Avent. Il remplit toutes les cases de jolies gourmandises espagnoles : turrón, mazapan, polvoron… Je vais bien me régaler. J’ai été moins bonne sur l’affaire car j’ai rempli chaque case avec le même petit sachet After Eight. Jean-Marie se régale quand même, bien qu’avec la chaleur, la crème de menthe fonde et qu’il s’en met pleins les doigts !!

Qui dit premier décembre, dit installation des décorations de Noël. J’ai mon sapin, ma crèche achetée au Pérou et cette année, nous avons aussi le petit sapin offert par notre amie Anne. Pour l’extérieur, j’ai aussi acheté une guirlande électrique qui clignote. L’esprit de Noël est à bord de Topoïs. Cette année revêt une importance particulière car c’est la première fois que nous passerons les fêtes loin de chez nous et de nos proches. Alors on mise sur la déco.



Lundi 02 décembre 2019
Terminés la couture et le bricolage, aujourd’hui, on fait les touristes. Nous décidons d’aller à la Pointe Sud de Fuerteventura, la Punta de Jandia. Nous avions aperçu cette pointe en passant à bord de Topoïs et nous voulons voir ce que cela donne de la terre. Nous sommes donc maintenant dans le chef-lieu de Pájara. Nous visiterons la ville de Pájara en elle-même plus tard car elle est située plus au centre de Fuerteventura. La pointe fait partie de la presqu’île de Jandia. Elle était autrefois séparée de Fuerteventura par un détroit qui fut comblé postérieurement grâce à l’éruption de plusieurs volcans.


Après une rapide visite au port de Morro Jable où l’on a pu apercevoir des raies énormes dans le port, nous empruntons les quinze kilomètres de piste qui vont nous permettre de rejoindre le phare de la pointe.


Tout au long de ce parcours, nous découvrons des paysages très différents.


Je regrette encore une fois mes lacunes en géologie car nous pouvons lire dans le paysage les différentes périodes d’éruption volcanique, d’effondrement de la caldeira ou d’érosion. Les coulées volcaniques ont donné naissance à des arêtes nommées « los cuchillos » (les couteaux) séparées par « los barrancos » (les ravins). Au fur et à mesure que nous serpentons cette presqu’île, nous découvrons des collines dont les couleurs varient du jaune à l’ocre en passant par l’orange et le vermillon. Par instant, on a l’impression que l’on a saupoudré quelques feuilles d’or sur les pierres.

La végétation est quasi inexistante. Il faut dire que la terre aride et le vent persistant rende difficile la croissance de quelques spécimens. Nous observons pourtant quelques plantes endémiques.

Les collines deviennent plus petites et nous sommes maintenant entourés de sable.  Cet endroit désertique est fascinant et nous en prenons plein les yeux.



Enfin nous apercevons au loin le phare de Jandia, il nous reste quelques kilomètres de piste à traverser. La route de vient plus praticable, le bitume apparaît, nous sommes dans un des 8 villages du parc naturel de Jandia : Puertito de la Cruz. Ce n’est pas vraiment un village mais plutôt un hameau de pêcheurs avec quelques maisons délabrées et un campement de caravanes rafistolées qui permettent aux habitants de Morro Jable de venir profiter du calme en fin de semaine.

Quelques mètres encore et nous voici face au Faro de Jandia. Construit en 1884, il est alimenté par des panneaux solaires et par une éolienne. Malheureusement, il ne se visite pas. Les flots sont furieux à cet endroit, nous l’avions vu lors de notre arrivée à bord de Topoïs.
Il est temps pour nous de revenir sur nos pas car nous avons faim et le seul restaurant de la pointe est fermé.


 


Nous pensions pouvoir aller jusqu’à Cofete, un autre hameau de cette presqu’île mais notre voiture n’est pas vraiment appropriée pour prendre la piste caillouteuse. Nous croisons quelques chèvres qui se laissent volontiers photographier.



Nous nous arrêtons pour déjeuner à la Cofradia de Pescadores de Morro Jable. Nous pensions nous régaler avec des sardines et des croquettes au thon. Finalement, ce n’est pas terrible. J’ai l’impression de manger de boules de farine sans aucune saveur. Dommage car le service est impeccable et rapide.


Nous rentrons à bord de Topoïs tranquillement avec de jolies images dans les yeux et dans la tête. Fuerteventura jouit parfois d’une mauvaise image à cause du vent qui souffle très très souvent. Mais les paysages que nous avons vus aujourd’hui donnent un charme fou à cette île.
A la marina, nous profitons d’un grand calme durant la journée. Le soir, à partir de 18h00 c’est une autre histoire. Les bateaux de pêche qui normalement doivent aller aux pontons qui leur sont dédiés, ont décidé de se mettre avec les voiliers depuis quelques temps. Rien de gênant en soi, mais ils sont très très bruyants. Ils se parlent d’un bateau à l’autre en laissant les moteurs allumés. En fait, ils ne se parlent pas, ils hurlent. Ça commence au retour de la pêche et cela finit tard dans la soirée. C’est un grand festival. Un d’entre eux n’a pas trouvé mieux que d’aller manger en laissant le moteur allumé de 19h00 à minuit. Et bien sûr, son bateau est juste à côté du nôtre. C’est comme si on tentait de dormir dans la salle des machines. Lorsque tout ça s’arrête, on savoure de nouveau le calme. Mais à 6h00, ces charmants pêcheurs repartent en mer et c’est le retour des discussions à hautes décibels. Grrrrrr.

Mardi 03 décembre 2019
Avec nos amis Marie et Thierry, nous avons décidé de passer les fêtes de Noël ensemble. Le 24 à bord de Topoïs et le 25 à bord de Wapi. Il faut donc que je fasse une décoration de table un peu sympa. Avec Marie, nous allons donc au magasin chinois pour acheter quelques bricoles et j’achète aussi du tissu blanc pour faire une nappe et des serviettes. Ce n’est pas parce qu’on est en bateau qu’il ne nous faut pas un peu de classe.
Au retour de nos courses, Jean-Marie m’accompagne au bureau de la marina. Nous leur expliquons le bruit causé par les pêcheurs et ils nous attribuent une nouvelle place sur un autre ponton. Après ces quelques nuits au sommeil mouvementé, nous devrions mieux dormir.
Nous attendons que le vent se calme un peu pour changer de place. Nous n’avons qu’une marche arrière à réaliser donc cela ne devrait pas poser de problème. On largue donc les amarres et c’est parti pour une navigation de quelques mètres. Au moment où nous nous approchons de notre place, une bourrasque vient coller Topoïs contre l’étrave du bateau voisin. Jean-Marie passe la marche avant pour se sortir de ce mauvais pas mais une vis qui dépassait du bateau voisin vient flirter avec Topoïs et lui fait une belle rayure sur le flanc. Le pare-battage qui devait protéger Topoïs s’est arraché et Jean-Marie n’a rien pu faire pour éviter les dommages. Bien entendu, mon skipper préféré est dégoûté, écœuré, dépité. Mais ce n’est que du matériel et cela va pouvoir lui permettre de se familiariser avec la technique du gel-coat.


Par chance, ce soir nous sommes loin des pêcheurs et nous pouvons dormir paisiblement.

Mercredi 04 décembre 2019
La machine à coudre n’étant pas encore rangée, j’en profite pour faire ma nappe et mes serviettes et aussi pour coudre des petites choses qui étaient en suspens. Jean-Marie pose une grille de ventilation au niveau du frigo car le technicien nous a dit que la carte avait dû griller à cause d’une surchauffe. C’est donc une journée petit bricolage que nous passons à bord.

Jeudi 05 décembre 2019
Bon le bricolage c’est bien mais il nous reste encore beaucoup de choses à découvrir à Fuerteventura. Ce matin nous partons donc en direction de la ville de Pájara.

Pájara est une petite ville agricole et très peu touristique. Son attrait principal vient de son église Nuestra Señora de Regla construite en 1687. Le porche de cette église est très différent de l’architecture canarienne. En effet, il est sculpté en pierre de taille couleur cuivrée et il reprend des motifs d’inspiration aztèque. On pense que c’est un prêtre ayant séjourné au Mexique qui est à l’origine de cette décoration.

L’intérieur de l’Eglise est très sombre puisque seulement deux petites fenêtres apportent de la lumière.

Le nombre de fidèles devenant de plus en plus important, la nef devint vite trop petite. En 1711, il fut donc décidé de construire une deuxième nef pour contenir tous les fidèles. Ainsi deux retables polychromes très joliment ornementés trônent au fond de chaque nef. La chaire sculptée est aussi très jolie.

 
 
Nos pas nous entraînent maintenant vers Ajuy. C’est à partir de cet endroit que naquit l’île de Fuerteventura. Le village se trouve à l’embouchure de deux ravins qui ouvrent une brèche dans la falaise. Quelques maisons de pêcheurs, quelques villas de vacanciers, quatre restaurants forment ce petit paradis. La superbe plage de sable est appelée la Playa de los muertos (la plage des morts) car les courants dangereux de cette côte ramènent ici les corps de noyés. Le sable noir ne fait que souligner ce caractère morbide.



Ajuy est réputé pour son monument naturel. En effet c’est ici que l’on trouve les roches les plus anciennes des Canaries et ce lieu nous raconte l’origine et la formation de Fuerteventura. On peut apercevoir des dunes fossilisées, des couches de sédiments différentes et des coulées volcaniques. Quelques petits écureuils viennent voir si nous n’aurions pas quelque grignotage à leur donner.


 

Un sentier piétonnier nous permet d’atteindre la Caleta Negra (la crique noire). De nombreuses grottes sont disséminées tout autour de cette crique. Nous pouvons pénétrer dans l’une d’elles et pouvons observer les strates volcaniques qui donnent à l’endroit des couleurs magnifiques. Entre le noir et l’or, cette grotte est majestueuse. Ces grottes servaient aux pirates pour stocker leur butin mais plus récemment elles permettaient d’entreposer la chaux. En effet, le socle calcaire de ces roches a été exploité entre la fin du 19ème siècle et le milieu du 20ème. De cette grotte, on pouvait accéder à des débarcadères d’où des bateaux partaient livrer la chaux dans toutes les îles des Canaries. Aujourd’hui les grottes sont devenues une attraction touristique et nous avons la chance d’en profiter avec une fréquentation peu nombreuse aujourd’hui.



Il est 13h00 et nous nous attablons au restaurant La jaula de Oro pour déjeuner. Nous mangeons en terrasse et dégustons gambas grillées, calamar à la romaine (pour Marie et moi) et steak-frites pour les hommes.


Nous nous dirigeons maintenant vers Betancuria, la première ville à avoir existé aux Canaries. Nous serpentons à travers un paysage désertique. La route monte sérieusement à travers les collines et nous offrent de superbes points de vue. Au loin, on aperçoit le mont Atalayeja appelé aussi Teta de la Vieja (téton de la vieille). Il est vrai que cette montagne ressemble étrangement à un sein posé là par la nature.

Alors que nous arrivons à Betancuria, il fait froid et une averse est très menaçante. 14° en altitude, un vent à décorner les bœufs, on décide de rebrousser chemin et de revenir un jour de beau temps. En plus, on ne peut rentrer dans le centre historique avec les chiens donc impossible pour nous de laisser nos « poupettes » en voiture. On rentre à la marina, il fait 20° mais le vent frais semble s’insinuer partout. Un bon thé, un petit gâteau et nous voilà bien au chaud.
On ressort pour aller manger avec Marie et Thierry à bord de Wapi qui lui aussi a changé de place pour éviter les bateaux de pêche.
Mais ce soir, il n’y a aucun bateau car demain c’est férié. Les pêcheurs vont pouvoir profiter de leurs gains des derniers jours. En effet, ils ont capturé plusieurs thons entre 350 et 400 kilos qui se négocient 3000.00 € pièce. Les dernières journées ont été très bonnes pour eux !!

Vendredi 06 décembre 2019
Ce matin, c’est rédaction d’un nouvel article pour le blog. Nos journées sont tellement riches de visite, de bricolage et de bon temps qu’il faut consacrer quelques heures pour retranscrire ce que nous vivons. Pendant que j’écris, Jean-Marie remet l’annexe à l’eau pour libérer le pont sur lequel elle était depuis une semaine. Ensuite, il s’occupe de refaire le gel-coat sur la coque de Topoïs. Il va falloir qu’il s’y reprenne en plusieurs fois car il y a un peu de boulot.
Dans l’après-midi, nous sommes rejoints par Marie et Thierry pour aller visiter Betancuria. Cette fois-ci, on ne se laissera pas surprendre : on a mis nos jeans, nos polaires et nos baskets. C’est vrai que depuis deux jours, le temps est un peu maussade et c’est surtout le vent qui vient du Nord rafraîchit l’atmosphère. Seul point positif de ce climat : on voit de superbes arcs en ciel alors on fait des vœux !


Nous voilà donc à bord de nos Fiat 500 sur la FV30, cette route qui grimpe à travers les montagnes. Sur les collines rougeoyantes, des petits buissons gris métallique, quelques figuiers de Barbarie et des agaves composent la végétation. Les coulées de magma noir viennent rompre l’éclat de ces bas-côtés écarlates.

Jean de Béthancourt, un normand et son compagnon Gadifer de la Salle ont conquis ces terres en 1404. En plus de lui donner son nom, il en a fait la capitale des Canaries. Jusqu’en 1834, Betancuria était la capitale de Fuerteventura et jouit donc d’un riche centre historique avec notamment l’Eglise de Santa Maria. D’une simple chapelle édifiée entre 1410 et 1424 par les conquérants normands, il ne restait plus rien en 1593 quand le village fut attaqué par des berbères. Reconstruite en 1620, elle comporte trois nefs avec de somptueux plafonds en bois sculpté tandis que le sol est réalisé en dalles de pierre et lattes de bois.


Le maître autel est un véritable chef d’œuvre où le style baroque est mis en valeur par la polychromie et les tons dorés.


De nombreux autres retables sont disséminés dans les nefs et sont des merveilles de couleur et de motifs géométriques.

 

   

Dans le fond de l’église, une porte colorée en bleu donne accès au fonds baptismaux.

Dans la sacristie, le plafond est un exemple de la qualité de travail des artisans de l’époque : les motifs végétaux sont sculptés dans des couleurs rouge et or. Cette visite est un véritable enchantement tellement le talent architectural est mis en valeur.
Nous déambulons dans le village où les maisons blanches sont éparpillées à travers les palmiers.

Il est temps de nous rendre au museo del queso majorero.

Après une explication sur la formation du relief de Fuerteventura, nous passons dans trois salles différentes qui nous explique l’élevage des chèvres, l’élaboration du fromage et sa commercialisation. Le fromage de Fuerteventura s’appelle majorero car il a été élaboré par les premiers habitants de l’île, les majos. On y apprend notamment que la forme des testicules des mâles donne la forme des mamelles de leur descendance féminine. Et selon la forme de ses mamelles, la chèvre pourra produire plus ou moins de lait, pourra développer plus ou moins de maladie. On peut même s’entraîner à traire une chèvre factice. La visite est assez rapide et nous déplorons de ne pas avoir de dégustation.


Attenant au musée, un joli jardin de cactus a été créé. Et là, nous pouvons découvrir tous types de cactées tous aussi surprenants les uns que les autres.

 

Nos quinze premiers jours à Fuerteventura ont été très riches. Il nous reste encore beaucoup d’endroits à découvrir et cela tombe bien car nous sommes ici jusqu’au 20 décembre. Les plages blanches du Nord, les montagnes du Centre, des musées, des églises et bien sûr des arcs-en-ciel !

 

2 thoughts on “Fuerteventura – Archipel des Canaries– Coordonnées GPS : 28° 20′ 74” N – 14° 02′ 26” W – Du 22 novembre au 06 décembre 2019

  1. Endurance says:

    Hello les Topois ! Merci pour les nouvelles et la visite de Fuerteventura . Étonnant l’épisode Franco Bulgare : bon cela nous rappelle que même si le voyage adoucit les mœurs et ouvre les esprits , certains emmènent avec eux leurs problèmes et leur haine . Dommage ! Mais bien joué l’Espagnole 😉

    • Topois says:

      Hello Endurance !! Eh oui, l’être humain est plein de ressources !! Après coup, on a bien rigolé de mon mensonge !
      J’espère que tout va bien pour vous 3 après votre épisode carthagénois. Bisous et caresses à Fanfan

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