Cascais– Portugal – Coordonnées GPS : 38° 72′ 24” N – 09° 39′ 69” W

Le ponton « Orangina » a assez duré. Je crois qu’on n’a jamais été aussi rapides à se préparer. A 08h30, on quitte Peniche avec une légère nausée. Il faut dire qu’on est bien secoués depuis hier soir.

Il fait beau, on passe la digue, on envoie la grand-voile. La météo prévoit du 15 nœuds avec des rafales à 20. Bon maintenant, on a l’habitude du slalom entre les casiers de pêche, il n’y a pas de brume. Ça va être sympa aujourd’hui !  On a 7 heures de navigation, ça devrait être une belle journée.

Mais qu’est-ce que c’est que cette houle ? Des creux de 3 à 4 mètres nous font l’honneur d’être là. Et toutes les 10 secondes, Topoïs se retrouve en haut de la vague puis en bas, puis en haut. Finalement, on n’a bien fait de ne pas aller à la fête foraine hier, on est en plein dedans aujourd’hui. Le vent prévu n’est pas là (entre 5 et 7 nœuds), complètement instable : impossible de maintenir la grand-voile, impossible d’envoyer le spi. Cette côte portugaise réputée inhospitalière commence à nous fatiguer et le temps ne passe pas vite dans ces conditions.

Par chance, un banc de dauphins vient égayer notre journée. Nous n’en avons jamais vu autant. Ils sont une trentaine autour de Topoïs et restent là une bonne demi-heure à jouer avec l’étrave. C’est le cadeau du jour.

On aperçoit enfin le phare de Cabo da Roca, Cascais n’est pas loin.

Nous appelons la marina à la VHF et l’employée me demande si nous avons fait une réservation. « Euh non, on n’a rien réservé du tout ». « C’est compliqué, il n’y a plus de place disponible ». Elle me demande de descendre avec les papiers du bateau et nos passeports. Elle regarde sur son PC, vérifie nos passeports et s’aperçoit que nous sommes nées le même jour. Eh hop, une place est disponible. La chance est de notre côté : vive les capricornes ! Nous sommes en bout de ponton certes mais on est bien à l’abri dans la marina et on va pouvoir récupérer.

Mais avant ça, nous avons rendez-vous avec Catherine et François, un couple de caennais qui sont partis de Ouistreham 15 jours avant nous. Nous nous suivons sur les réseaux sociaux et nous allons enfin nous rencontrer. C’est avec plaisir que nous partageons un verre de vin à bord de Topoïs. Leur famille est à bord de leur bateau et ils repartent demain pour Faro. Mais nous devrions les retrouver à Madère ou aux Canaries. Storia-storia c’est le nom de leur bateau.

Samedi 27 juillet, nous partons à la découverte de Cascais. La marina est pour ainsi dire au cœur de la ville, on peut tout faire à pieds.

Cette ville de pêche portugaise traditionnelle est extrêmement charmante. Alors que cette ville était autrefois le lieu de villégiature estival de la noblesse portugaise, elle représente aujourd’hui un parfait mélange de somptueuses villas, de ruelles escarpées, de résidences modernes et d’hôtels récents. Nous traversons le joli centre historique rempli de charme typiquement portugais et dans lequel on trouve de nombreux restaurants et de nombreuses boutiques.

Nos pas nous entraînent vers le Mercado da Vila, le marché du centre-ville. De nombreux marchands vendent leurs fruits, légumes, fleurs, viandes, fromages et poissons dans une ambiance accueillante et décontractée. Les prix sont bien entendu très peu élevés (peut-être un peu plus cher qu’à Nazaré mais nous sommes dans le « Saint Tropez » portugais).

Les rues pavées nous emmènent maintenant près du phare et de la Casa de Santa Marta.

Le musée Castro Guimaraes et le parc Marechal Carmona sont tout près. Nous déambulons dans le parc qui est très paisible avec des paons, des coqs et des poules. Certaines familles profitent du calme pour pique-niquer, fêter un anniversaire ou simplement se relaxer.

Le musée va fermer ses portes alors nous irons un autre jour. Nous n’avons accès qu’au cloître qui est déjà très joli.

Nous continuons notre périple et passons devant l’Igreja de Nossa Senhora da Assunção. Sa façade est simple mais l’intérieur est magnifique avec tous ses bois sculptés et dorés à la feuille.

La journée se passe tranquillement et agréablement dans cette jolie ville. On se sent bien ici et on comprend pourquoi nos amis Elisabeth et Yves vivent à Cascais une partie de l’année.

Aujourd’hui dimanche, nous sommes réveillés de bonne heure et décidons d’aller jusqu’à Estoril à pieds. Nous longeons le bord de mer et pouvons admirer les plages de Cascais et d’Estoril. Grande plage de sable, petite crique, il y en a pour tous les goûts. De somptueuses maisons sont construites au bord du littoral.

De nombreux restaurants commencent à installer tables et chaises, les transats et parasols sont prêts à recevoir les estivants. Quelques vendeurs proposent des chapeaux, draps de bain, jouets de plage. Bientôt arrivent les adeptes du jogging. Cette promenade est très animée. On marche sans se rendre compte des kilomètres qui défilent. Nous voici arrivés au Casino d’Estoril.

Il fait beau et chaud alors on se repose un peu (enfin surtout Mooring) dans le parc attenant. Nous reprenons la route vers Cascais et il y a beaucoup plus de monde qu’à l’aller. Des familles entières colonisent la plage, les joggers sont en sueur et les effluves des petits plats portugais commencent à nous chatouiller les narines. Nous traversons des petites ruelles très touristiques et arrivons à la marina avec 16 kms dans les gambettes. Mooring n’en peut plus et refuse d’avancer, elle se couche à même le sol. Nous devons donc la porter jusqu’au bateau. L’après-midi est donc consacrée au repos (sieste, lecture, étude des cartes).

A bord, il y a toujours quelque chose à faire. Je suis étonnée par la vitesse à laquelle la poussière se dépose sur les équipets. C’est bien simple, on n’arrête pas de nettoyer : les sanitaires, le bois, le plastique, les inox, tout y passe et comme il fait grand soleil, la journée de lundi sera consacrée à la lessive et au bricolage.

Bon le nettoyage c’est sympa mais on est tout près de Lisbonne et il faudrait peut-être qu’on aille y faire un tour. Honnêtement, nous ne sommes pas fans des grandes villes. On a beau essayer de préparer la visite en avance, on n’a jamais la notion de distance sur place, on n’aime pas trop quand il y a beaucoup de monde mais en même temps, on voudrait voir les incontournables. Alors on se motive et nous prenons le train au départ de Cascais. Pour le train, c’est super simple. Un guichet automatique (avec traduction en français) nous propose plusieurs formules. Il nous faut 2 tickets 4 zones chacun (un pour l’aller et un pour le retour). Cela nous coûte 5.00 euros par personne. Nous passons notre ticket sur le portique et nous installons à bord pour 45 minutes de trajet environ. Bien sûr, on ne jette pas la carte car elle nous sert pour le retour et comme elle est rechargeable, elle pourra nous servir pour d’autres trajets. Nous arrivons dans le centre de Lisbonne à la gare Cais Do Sodré. A la sortie de la gare, un point d’information nous délivre toutes les clefs pour visiter la ville.

Nous commençons par la Pink Street. Autrefois point de rencontre pour les marins, les criminels locaux et les prostituées, elle a développé une réputation peu recommandable. Mais en 2011, le lifting de la rue a eu lieu, les portes des maisons closes et des bars délabrés se sont fermées et ouvertes pour accueillir des cafés confortables et une nouvelle vie nocturne.

Nous allons maintenant vers la Praça do Comércio. Cette place s’ouvre sur le quartier de la Baixa par un arc de triomphe et sur le Tage par un embarcadère où autrefois épices et or des colonies étaient débarqués. C’est ici que nous prenons notre ticket pour le bus à impériale qui va nous faire découvrir les endroits à ne pas manquer tout en soulageant nos chaussures. Et avec ce bus, nous descendons et montons en fonction de notre intérêt pour certains arrêts.

Nous passons devant toutes les places et monuments célèbres de la ville : la praça da Figueira, la statue du Marquês de Pombal, le jardin zoologique, le parc Eduardo VII, le quartier moderne d’Amoreiras.

Nous descendons à la Basilica da Estrela où une crèche avec 500 santons de terre et de liège est exposée. Malheureusement, une messe est en cours et l’accès au chœur et à la nef est interdite.

Nous décidons d’aller dans le parc juste en face pour déguster les sandwiches que nous avons acheté ce matin.

Nous reprenons le Yellow Bus pour continuer notre périple. Nous passons sous le pont du 25 avril (similaire au Golden Gate de San Francisco) et apercevons au loin la statue du Christ Roi. Cette statue fait écho au Christ Rédempteur de Rio de Janeiro et a été érigée à la suite d’un vœu de l’épiscopat portugais, demandant à Dieu d’épargner le pays de la Seconde Guerre Mondiale. 

Nous descendons au Monastère des Jeronimos mais malheureusement la visite est interdite aux chiens même tenus dans leur sac de transport.

Nous reviendrons sans Mooring donc. Nous traversons la route pour admirer le Padrão dos Descobrimentos (le monument aux Découvertes). Cette œuvre architecturale monumentale rend hommage aux explorateurs et aux visionnaires portugais du 15ème et du 16ème siècle. La tour de Bélem étant également interdite aux animaux, nous décidons d’y aller un autre jour. Avec notre carte de transport rechargeable et étant donné le prix du ticket de train, on ne va pas se priver !

Nous reprenons donc notre Yellow Bus et retournons dans le quartier du Bairro Alto pour découvrir l’Elevador de Santa Justa. D’une hauteur de 45 mètres, il est construit en fer forgé et décoré dans un style néogothique avec des motifs différents à chaque palier. Même s’il rappelle le style Eiffel, Gustave Eiffel n’a aucun lien avec cette construction et Raoul Mesnier du Ponsard, son concepteur n’a jamais été le disciple de l’ingénieur français.

Nous descendons la Rua Augusta, la rue commerçante de Lisbonne et nous arrêtons pour boire un rafraîchissement (comprenez une bière 😉 )

Nous reprenons notre train direction Cascais.

Comme nous le craignions, il y avait beaucoup de monde à Lisbonne. 2 heures d’attente pour entrer dans certains musées ou pour pour l’élévateur. Le tram 28, très réputé ici était bondé, il nous a été impossible de le prendre. Il y a beaucoup de choses à voir et une journée ne suffit pas, il faudrait presque passer une semaine sur place. Nous reviendrons un jour…

En attendant, on se repose un peu de notre périple et on double les amarres car le vent souffle fort. 38 noeuds enregistrés dans la marina, ça fait pas mal !! 

Aujourd’hui 1er août, drame à bord de Topoïs ! Jean-Marie fait une overdose de musées, églises et châteaux. J’ai beau essayer de trouver un remède, rien n’y fait. Ça n’a pas l’air de se soigner facilement ces choses-là 😉
C’est dommage car j’avais concocté une petite journée à Sintra, une ville inscrite au patrimoine mondial de l’humanité. Après réflexion, nous décidons que j’y vais toute seule pendant que Jean-Marie se repose et bricole à bord avec Mooring.

A 7h30, je quitte Topoïs pour aller prendre le bus en direction de Sintra. La ligne 417 m’emmène du Terminal de Cascais au Terminal de Sintra. En 40 minutes et pour 4.30 €, me voici rendue sur place (le ticket se prend au chauffeur) . Il faut maintenant que je prenne la ligne 434 qui monte jusqu’au centre historique de la ville. Comme les rues du centre sont très étroites, cette ligne suite un parcours circulaire et s’arrête à tous les sites qui méritent une visite. Pour 6.90 €, je prends un billet Hop On – Hop Off, directement auprès du chauffeur et je pourrais monter et descendre du bus, en fonction de mes envies.

Je commence par le Palais de Pena (14.00 € pour la visite du Palais et du Parc). Il fait un peu frais en haut de cette colline et le Palais est dans la brume. Le parc et le palais de Pena sont le fruit du génie créatif du roi Ferdinand II et expriment le romantisme du 19ème siècle au Portugal avec des influences de style manuéline et mauresque.  Je suis immédiatement sous le charme de cet endroit. Pour moi qui adore l’architecture, c’est un enchantement. Ce mélange éclectique de tours, terrasses, niveaux et constructions diverses crée un ensemble harmonieux unique, les couleurs vives contrastent avec les rochers.

Je pénètre d’abord par la Porta da Rosa qui ressemble beaucoup à l’Alhambra à Grenade en Espagne.

Puis je passe sous la porte monumentale aux allures de portail défensif d’un château médiéval.

J’arrive sur la terrasse du Triton. Moitié homme, moitié poisson, il symbolise la création du Monde. Les détails sont impressionnants.

En passant sous le tunnel, je peux admirer les nombreux azulejos qui détaillent l’histoire de la cavalerie.

J’arrive sur le Patio dos Arcos.

Je passe maintenant la porte de  la Chapelle avec un sublime retable en albâtre.

En repartant sur la terrasse de Triton, j’aperçois une magnifique tour néo-arabe

L’intérieur du palais se divise en différentes pièces, uniques en leur genre. La salle arabe présente des fresques et autres ornements inspirés de l’Orient. La salle de bal mélange des éléments de décoration orientaux à des vitraux prussiens. Le cloître affiche le style manuélin. Chaque pièce est différente et nous montre le talent des artisans qui les ont décorées. Malheureusement, l’été il est interdit de faire des photos de l’intérieur. Cela ralentit considérablement le temps de la visite et allonge donc la queue à l’entrée du palais. C’est dommage car l’intérieur vaut autant la peine que l’extérieur.

Le palais a été construit de manière à être visible de n’importe quel point du parc, constitué d’une forêt et de jardins luxuriants avec plus de cinq cent espèces différentes d’arbres provenant des quatre coins de la terre. Il est temps pour moi d’aller vérifier ça. 

Je décide d’aller au point le plus haut de la colline, il culmine à 528 mètres. Le parcours est paisible, je ne croise, pour ainsi dire personne. Après 30 minutes de marche, me voici à la Cruz Alta. C’est une vue panoramique qui s’offre à moi : le Tage, l’Atlantique, le circuit automobile d’Estoril, la ville de Sintra.

Je redescends tranquillement et croise une famille de canadiens complètement perdus. Ils n’ont pas pris de carte à l’entrée et n’arrivent plus à se repérer dans les 200 hectares du parc. Je leur donne donc ma carte et ressort du parc. La file pour entrer dans le Palais est très longue, j’ai bien fait de venir de bonne heure.

Je reprends maintenant mon bus 434 pour aller dans le centre historique de Sintra. Je m’installe sur un banc du Palais Nacional pour déguster le sandwich que je suis préparé ce matin. Comme je ne reste qu’une journée ici, je n’ai pas envie de perdre du temps au restaurant.

Trente minutes plus tard, je me dirige à pieds vers la Quinta de Regaleira (billet à 8.00 €). Ce palais est la folie architecturale d’un riche entrepreneur brésilien Carvalho Monteiro. Il a engloutit sa fortune pour réaliser son rêve de domaine hors normes. 

Le palais et son jardin sont à la fois mystérieux, délirants et fascinants. Pierres, lacs, fontaines, cascades, une atmosphère d’intrigues et de mystères plane sur le jardin mais aussi dans ses souterrains.

Le lieu emblématique de ce jardin qui m’a donné envie de découvrir Quinta da Regaleira c’est le puits initiatique : la tour inversée !

Cette tour souterraine m’emmène 27 mètres plus bas, dans les profondeurs de la terre. Tant symboliquement que physiquement, ce puits, ainsi que les labyrinthes sur lesquels elle débouche, conduisent l’initié des ténèbres vers la lumière. C’est une véritable renaissance qui s’offre ainsi à lui, la terre symbolisant à la fois l’utérus maternel et la dernière sépulture.

La progression à travers cet escalier en spirale est marquée par 9 paliers symbolisant les niveaux d’initiation. Je descends les marches, il y a de plus en plus d’ombre, il fait frais, ça sent la terre.  Au centre du puits, une rose des vents se superpose à la Croix des Templiers.

Je pénètre maintenant dans les souterrains. Ce réseau représente les chemins de vie avec la nécessité de faire des choix. Dans notre vie, nous devons choisir sans pouvoir savoir vers où cela va nous mener. Il existe des bons choix, qui permettent de sortir du labyrinthe par la bonne sortie, et des mauvais, qui nous égarent. Je prends donc un chemin qui me permet de rejoindre la terre ferme par un chemin de pierres sur un petit bassin.

Je me dirige maintenant vers la Chapelle

Le temps passe vite tant il y a de choses à découvrir et à admirer dans ce parc. 

A la réflexion, j’aurai dû prendre un guide pour mieux comprendre la symbolique de certains monuments. Il me faut reprendre mon bus pour rentrer à bord. Après 16 kilomètres de marche et une superbe journée, je retrouve mon skipper préféré et ma Mooring. 

On se sent bien à Cascais. Le souci quand on se sent bien quelque part, c’est qu’on aimerait y rester plus longtemps. Mais notre aventure doit continuer alors demain, nous reprenons notre route !

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